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Intelligence artificielle

Le registre des traitements, rempli sur un vrai cas

Une PME de douze personnes perd un appel d’offres sur une pièce qu’elle n’a jamais entendu nommer. Voici les six colonnes, remplies sur un assistant réel.

Publié le 19 août 2026 — Algeria Agency

Une entreprise de douze personnes à Alger répond à une consultation d’un groupe étranger. Tout va bien jusqu’à la ligne « fournir votre registre des activités de traitement ». Personne dans la salle ne sait ce que c’est ; le dossier part sans, et il est écarté sur une pièce manquante plutôt que sur son prix.

Le registre est devenu la pièce d’entrée de la conformité algérienne, et c’est aussi le document qui rend un projet d’intelligence artificielle descriptible : tant qu’une entreprise ne peut pas dire où sont ses données, elle ne peut pas décider ce qu’elle a le droit d’en faire.

Cet article donne les six colonnes et les remplit d’un bout à l’autre sur le même cas — un assistant de support branché sur la messagerie d’un commerce. Il ne traite pas de la décision d’envoyer ou non ces données à l’étranger : ce qui a le droit de sortir de vos serveurs est une autre question, et elle se pose après celle-ci.

Ce que la loi demande, et depuis quelle date

La loi 18-07 du 10 juin 2018, modifiée et complétée par la loi 25-11 du 24 juillet 2025 publiée au Journal officiel n° 48, transforme des principes en documents à produire. Le registre des activités de traitement en est le premier : il décrit, traitement par traitement, la finalité, les catégories de personnes et de données, les destinataires, les durées de conservation, les mesures de sécurité et ce qui sort du territoire.

Deux autres obligations l’accompagnent et se comprennent mieux à côté de lui. Un carnet retraçant les opérations faites sur les fichiers — qui a consulté, modifié ou supprimé quoi, quand. Et une notification à l’autorité de contrôle dans les cinq jours suivant la connaissance d’une violation.

Le registre n’est pas public. Il est tenu par l’entreprise et présenté à l’autorité lorsqu’elle le demande, ce qui change complètement sa forme utile : ce n’est pas un document de communication, c’est un document de travail qui doit être exact plutôt qu’élégant.

Ce qui précède décrit l’état d’une réglementation au 21 août 2026 et ne remplace pas l’avis d’un avocat. Le périmètre exact de chaque obligation se lit dans le texte, article par article, et un cas limite se tranche avec un juriste et pas avec un prestataire informatique.

Un registre est une carte, pas une formalité

La façon dont il est présenté — une obligation, une pièce à fournir — fait manquer ce à quoi il sert réellement. Un registre répond à une question qu’une entreprise de douze personnes ne peut presque jamais trancher de tête : où sont les données de nos clients, et qui y a accès.

C’est pour cette raison qu’il se remplit avec les équipes et pas à leur place. Le commercial sait qu’il exporte la liste des prospects dans un tableur avant chaque salon ; la comptable sait que les relevés arrivent par courriel et restent dans la boîte ; le magasinier sait qu’il y a un cahier. Aucune de ces trois lignes n’est trouvable depuis un serveur.

Le format compte moins que tout le reste. Un tableur suffit pendant très longtemps, et c’est ce que nous laissons dans la majorité des cas ; un outil dédié devient utile quand les traitements se comptent par dizaines et changent souvent. En dessous, il ajoute un abonnement et une compétence à maintenir pour un document de quelques pages.

La bonne mesure du travail est le nombre de lignes, pas le nombre de pages. Une entreprise de cette taille a entre huit et vingt traitements réels, et la plus grande partie de l’effort consiste à les nommer plutôt qu’à les décrire.

Colonne 1 — la finalité, dans une phrase que l’équipe reconnaît

Prenons le cas et gardons-le jusqu’au bout : un assistant branché sur la messagerie d’un commerce, qui répond aux questions de livraison et transmet le reste à une personne. La finalité s’écrit ainsi : « répondre aux questions des clients sur l’état et le délai de leur commande, et transmettre à un vendeur ce qui n’est pas une question de livraison ».

Ce qu’il faut éviter est la formulation d’intention. « Améliorer l’expérience client » n’est pas une finalité : c’est un objectif commercial, et il ne permet à personne de décider si une donnée précise a sa place dans le traitement. Le test est simple — la finalité doit permettre de répondre par oui ou par non à la question « avons-nous besoin de ce champ ».

Une finalité par traitement, et un traitement par finalité. Si la même base sert aussi à envoyer des promotions, ce sont deux traitements et deux lignes, même si c’est un seul outil. C’est le point où un registre se met à décrire l’entreprise plutôt que son informatique.

La colonne se remplit en interrogeant la personne qui utilise l’outil tous les jours et pas celle qui l’a acheté. Les deux réponses diffèrent régulièrement, et c’est la première des deux qui est vraie.

Colonne 2 — les personnes, et les données à leur sujet

Deux sous-colonnes, pas une. D’un côté, les catégories de personnes concernées : clients, prospects, salariés, candidats, fournisseurs, patients, élèves. De l’autre, les catégories de données tenues sur elles.

Pour notre assistant, les personnes sont les clients ayant écrit sur la messagerie. Les données sont : identité déclarée dans le message, numéro de téléphone ou identifiant de messagerie, adresse de livraison, contenu du message, historique de commandes rapproché par le système.

La dernière de ces lignes est celle que les registres oublient, parce qu’elle n’a pas été saisie par le client : elle a été ajoutée par l’entreprise avant de traiter le message. Un assistant utile en reçoit beaucoup, et tout ce qu’il reçoit appartient à cette colonne.

Certaines catégories sont traitées à part par la loi et il faut les repérer ici plutôt que plus tard : la santé, les opinions, les données biométriques. Dans un cabinet d’avocats ou d’expertise comptable, la question ne se pose pas au conditionnel — la nature même des dossiers en fait un traitement sensible dès la première ligne.

Colonne 3 — les destinataires, y compris ceux qu’on n’a pas choisis

Un destinataire est toute entité qui reçoit la donnée, à l’intérieur comme à l’extérieur. Pour l’assistant : l’équipe de vente, le transporteur quand une adresse lui est transmise, l’hébergeur du site, et le fournisseur du modèle qui traite le contenu du message.

Le dernier est celui qui manque partout, et il manque pour une raison de vocabulaire : personne ne pense « destinataire » en écrivant « nous utilisons tel outil ». Pourtant l’outil reçoit exactement ce qu’un sous-traitant reçoit, et la responsabilité de ce qu’il en fait reste celle de l’entreprise qui a collecté la donnée.

Écrire un destinataire, c’est écrire un nom d’entreprise et non un nom de produit. Beaucoup d’outils vendus comme des solutions complètes appellent le modèle d’un tiers, et la donnée traverse alors deux entreprises. La question à poser au fournisseur tient en une phrase : quel est le nom de l’entreprise qui exécute le modèle.

Cette colonne a un effet secondaire utile : elle rend visible ce qui se passe quand un outil est remplacé. Une entreprise qui a écrit ses destinataires sait, le jour du changement, exactement quelles lignes du registre bougent.

Colonne 4 — la durée de conservation, et pourquoi « indéfiniment » échoue

Une durée est un nombre et un point de départ. « Trois ans après la dernière commande » est une durée ; « le temps nécessaire » n’en est pas une, et « indéfiniment » est la réponse qui signale qu’aucune décision n’a été prise.

Pour l’assistant, les durées sont plurielles et c’est normal : le contenu des conversations n’a pas besoin d’être gardé aussi longtemps que l’historique de commande auquel il se rapporte. Écrire deux durées différentes sur deux lignes est plus juste, et plus facile à appliquer, qu’une durée unique choisie pour couvrir les deux.

La partie qui coûte n’est pas d’écrire la durée, c’est de la faire appliquer. Une durée écrite et jamais exécutée est pire qu’une absence de durée, parce qu’elle décrit une entreprise qui supprime alors que rien n’est supprimé. Prévoir qui exécute la suppression, à quelle fréquence, fait partie de la ligne.

C’est aussi la colonne qui fait le plus de bien. La plupart des corrections utiles en conformité commencent par une suppression, et la durée est ce qui la déclenche sans qu’une réunion soit nécessaire.

Colonne 5 — les mesures de sécurité, décrites et non promises

Cette colonne appelle des faits vérifiables et pas des adjectifs. « Données sécurisées » ne dit rien ; « accès par comptes nominatifs, deux personnes autorisées, mots de passe gérés par un gestionnaire, sauvegarde quotidienne testée en janvier » décrit quelque chose que quelqu’un peut aller vérifier.

Le contenu utile tient en quatre points : qui a accès, comment cet accès est retiré quand la personne part, où sont les sauvegardes, et ce qui est chiffré. Le deuxième point est celui qui révèle le plus de choses, et il révèle souvent un compte encore ouvert au nom d’un ancien salarié.

La cohérence compte plus que le niveau. Une entreprise qui écrit des mesures modestes et les applique est en meilleure position qu’une entreprise qui décrit un dispositif complet dont personne ne connaît le fonctionnement — le décalage entre ce qui est en place et ce qu’on croit en place est exactement ce qui se découvre trop tard.

Écrire cette colonne produit une liste de corrections, et c’est le signe qu’elle a été bien écrite. Un registre dont les six colonnes se remplissent sans rien révéler a probablement été rempli depuis un modèle plutôt que depuis l’entreprise.

Colonne 6 — ce qui sort du territoire

La colonne est simple à décrire et c’est celle qui décide le plus : pour chaque traitement, la donnée quitte-t-elle l’Algérie, vers quel pays, et vers quelle entreprise. Pour l’assistant, la réponse est presque toujours oui, parce que le modèle est exécuté ailleurs.

Le transfert hors du territoire est soumis à une autorisation préalable de l’autorité, et la loi 25-11 y ajoute l’évaluation du niveau de protection offert par le pays destinataire. La colonne est donc la moitié du dossier que cette demande exigera, ce qui est la meilleure raison de la remplir avec soin la première fois.

Une réponse honnête est parfois « nous ne savons pas ». Beaucoup d’outils en ligne n’annoncent pas où ils hébergent, et la question se pose au fournisseur plutôt qu’au registre. Écrire « inconnu, question posée le 12 » est plus utile qu’une case laissée vide, parce que la case vide sera relue comme un non.

Cette colonne est aussi la plus instable : un fournisseur change de région d’hébergement sans prévenir un client, et rien dans l’entreprise ne le signale. C’est une des rares lignes du registre qui mérite d’être revérifiée à date fixe plutôt qu’à l’occasion d’un changement.

La ligne que personne n’écrit

Sur tous les registres que nous voyons, une ligne manque plus souvent que les autres : le traitement effectué par le fournisseur du modèle lui-même. L’entreprise écrit le traitement « répondre aux clients » et s’arrête là, comme si l’outil était un logiciel installé sur un poste.

Ce qui rend la ligne nécessaire est simple : le fournisseur conserve les échanges pendant un certain temps, souvent pour surveiller les usages abusifs, et cette copie est accessible chez lui. Le fait qu’il affirme ne pas entraîner ses modèles sur vos données ne supprime pas cette conservation, qui est une chose distincte.

Ce qu’il faut relever avant de signer tient en trois éléments et se trouve dans la documentation du fournisseur : la durée de conservation par défaut, l’existence d’un réglage pour la réduire, et le nom exact de ce réglage. Le troisième manque le plus souvent, parce que la fonction existe et se trouve trois écrans plus loin.

La même ligne vaut pour ce que les employés utilisent sans projet. Ce qui sort de l’entreprise par une fenêtre de navigateur est un traitement, il n’a ni contrat ni destinataire écrit, et il appartient au registre autant que l’assistant officiel.

Le carnet, à côté du registre

Le registre dit ce que l’entreprise fait ; le carnet dit ce qui a été fait, ligne par ligne. Il retrace les opérations sur les fichiers — consultation, modification, suppression — avec la date, l’heure, la personne et le motif.

La bonne nouvelle est que la plupart des outils savent le produire ; la mauvaise est que presque personne ne l’active. C’est un réglage, pas un développement, et il se vérifie en une demi-heure sur l’ensemble des outils qui contiennent des données de personnes.

La difficulté réelle est la durée de rétention de ces journaux, qui est souvent courte par défaut. Un journal qui ne remonte qu’à sept jours ne sert à rien le jour où une question se pose sur un dossier de l’an dernier, et l’allonger est généralement une case à cocher.

Le carnet a une utilité qui n’a rien à voir avec un contrôle : c’est le seul moyen de répondre à un client qui demande qui a consulté son dossier. Sans lui, la réponse honnête est qu’on ne sait pas, et cette réponse coûte plus qu’une inspection.

Le contrôle de dix minutes, à faire cette semaine

Réunissez trois personnes de trois métiers différents et posez une seule question : cite-moi les traitements de données que tu fais dans ton travail. Ne donnez aucune définition et n’expliquez pas ce qu’est un traitement — c’est le point de l’exercice.

Notez tout, y compris ce qui a l’air trivial : le tableur exporté avant un salon, le groupe de messagerie où circulent des commandes, la boîte mail partagée, le cahier à l’accueil. Ne discutez pas, ne triez pas, n’interrompez pas.

Comptez ensuite les lignes obtenues et comparez-les à ce que vous auriez répondu seul avant la réunion. L’écart est la mesure exacte de ce que votre registre ne contiendra pas si vous l’écrivez de votre bureau, et il est en général de moitié.

Cet exercice prend dix minutes par personne et il produit la colonne 1 du registre — la plus longue à obtenir et la seule que personne ne peut vous vendre. Le reste se remplit à partir d’elle, et il se remplit vite.

Ce que nous faisons, et ce que nous refusons

Nous menons l’inventaire avec vos équipes et nous écrivons les premières lignes devant elles, dans votre vocabulaire de travail. Le fichier reste chez vous, dans un format que n’importe quel prestataire ou juriste peut reprendre — y compris un concurrent à nous — et nous montrons comment ajouter une ligne, parce que la prochaine sera écrite sans nous.

Nous ne tenons pas votre registre à votre place. Un registre tenu par un prestataire est un registre que personne dans l’entreprise ne relit, et il cesse d’être vrai au premier changement d’outil sans que quiconque s’en aperçoive. C’est une limite de méthode, pas une limite de moyens : nous saurions le faire, et cela vous laisserait avec un document exact et inutilisable.

Nous ne délivrons aucune attestation de conformité. Cela n’existe pas et personne ne peut vous en fournir une ; ce que nous pouvons dire est que le registre existe, qu’il décrit vos traitements réels, et que vos équipes savent le mettre à jour.

Et nous ne sommes pas votre délégué à la protection des données. Le rôle demande une indépendance vis-à-vis de celui qui a construit le système, et nous sommes celui-là. Nous formons la personne que vous désignez ; nous ne prenons pas sa place, et un prestataire qui accepte les deux rôles vous vend le second en annulant le premier.

Questions fréquentes

Combien de traitements une petite entreprise a-t-elle ?

Entre huit et vingt dans ce que nous voyons, pour une structure de dix à quinze personnes, et le nombre surprend toujours vers le haut. La raison est que la paie, le recrutement, la vidéosurveillance et la liste de diffusion sont des traitements au même titre que le fichier client, et qu’aucun des quatre ne vient à l’esprit quand on pense « données ».

Faut-il un registre si nous n’utilisons aucune intelligence artificielle ?

Oui : l’obligation porte sur le traitement de données personnelles et pas sur la technologie employée. L’IA ne crée pas l’obligation, elle la rend visible — un projet d’assistant est souvent la première occasion où quelqu’un demande où sont les données, et c’est pour cela que les deux sujets arrivent ensemble.

Peut-on partir d’un modèle trouvé en ligne ?

Comme structure de colonnes, oui, et cela fait gagner une heure. Comme contenu, non : un modèle rempli décrit une entreprise imaginaire, et le seul risque sérieux d’un registre est qu’il soit faux plutôt qu’absent. Un registre absent est une pièce manquante ; un registre faux est une déclaration inexacte.

À quelle fréquence faut-il le mettre à jour ?

À chaque changement — nouvel outil, nouveau traitement, fournisseur remplacé — et une relecture complète une fois par an. La colonne des transferts mérite un traitement à part, parce qu’un hébergeur peut changer de région sans que rien chez vous le signale ; c’est la seule ligne que nous conseillons de revérifier à date fixe.

Qui doit tenir le registre dans une entreprise de douze personnes ?

Une personne nommément désignée, qui n’a pas besoin d’être informaticienne : la personne qui gère l’administratif convient très bien, parce que le registre est un travail de description et de suivi. Ce qui ne fonctionne pas est de le confier à une fonction plutôt qu’à un nom, parce que la ligne suivante n’est alors écrite par personne.

Est-ce que le registre doit être en français ?

Il doit d’abord être compris par ceux qui le tiennent et lisible par l’autorité qui le demande. Nous l’écrivons dans la langue de travail de l’entreprise, ce qui est le plus souvent le français ici, et nous gardons les intitulés de colonnes stables plutôt que traduits différemment d’une version à l’autre.

Où nous intervenons

Les trois personnes que vous avez interrogées ont cité deux fois plus de traitements que vous n’en auriez listés seul. C’est cet écart, et non le nombre, qui dit où le travail commence.

  • Nous menons l’entretien d’inventaire avec chaque métier et nous nommons les traitements qui en ressortent.
  • Nous remplissons les six colonnes devant vos équipes sur les trois premiers, puis nous vous regardons faire le quatrième.
  • Nous vérifions quels de vos outils savent produire un journal des accès, et lequel est resté désactivé.

Le registre reste tenu par vous, et le poste de délégué ne peut pas nous revenir : il suppose de pouvoir contredire le prestataire, et le prestataire ici, c’est nous.

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