Agents vocaux
Mesurer la transcription en darija : le protocole, et le chiffre que nous ne publions pas
Personne ne publie de taux d’erreur en darija algérienne, nous compris. Voici le protocole qui en produirait un, et ce qu’il faut savoir avant de le lire.
Cet article devait publier des taux d’erreur mesurés sur plusieurs modèles de transcription en darija algérienne. Il n’en contient aucun, et la raison est la seule qui vaille : nous ne les avons pas mesurés.
Ce qui existe à la place est plus utile que ce que nous aurions pu inventer — le protocole complet, avec ses pièges, sa règle de normalisation et sa feuille de notation. Une entreprise peut le faire tourner sur ses propres appels en une journée et obtenir un chiffre qui la concerne, ce qu’aucune moyenne publiée ne fait.
Il dit aussi pourquoi le taux d’erreur mot à mot, tel qu’il est employé partout, est la mauvaise unité pour cette langue-ci, et par quoi le remplacer. C’est une question de méthode avant d’être une question de technologie.
Pourquoi ce chiffre n’existe pas
Un taux d’erreur de transcription se calcule contre une référence : un texte établi à la main, mot pour mot, par quelqu’un qui a écouté l’enregistrement. Sans référence, il n’y a pas de mesure — il y a une impression.
Pour la darija algérienne, ces références publiques n’existent pratiquement pas. Les corpus de référence pour l’arabe couvrent l’arabe standard et quelques dialectes, et le nôtre n’en fait généralement pas partie ; les fournisseurs annoncent des performances « en arabe » qui décrivent une autre langue que celle de vos appels.
Nous n’en avons pas constitué non plus, et c’est un choix de priorité plutôt qu’un oubli : constituer une référence utilisable demande des enregistrements réels, un accord pour les utiliser, et des heures de transcription humaine. Le §9 explique la partie juridique, qui est la plus contraignante.
Le reste de cet article est donc la recette. Nous la publions entière, y compris les endroits où nous savons qu’elle est coûteuse, parce qu’un protocole incomplet donne des chiffres qui se comparent mal — ce qui est pire que pas de chiffre du tout.
Ce que « taux d’erreur » veut dire
La mesure standard s’appelle le taux d’erreur sur les mots. On compte, entre la transcription automatique et la référence humaine, les mots substitués, les mots supprimés et les mots insérés, et on divise ce total par le nombre de mots de la référence.
Elle a deux propriétés qu’il faut avoir en tête. Elle peut dépasser cent pour cent, parce qu’un système bavard insère plus de mots qu’il n’y en avait. Et elle traite toutes les erreurs comme équivalentes : confondre deux mots outils et se tromper sur un numéro de commande comptent pareil.
C’est cette seconde propriété qui la rend trompeuse pour un usage professionnel. Un système qui transcrit tout correctement sauf les noms et les références aura un taux flatteur et sera inutilisable, parce que les mots qu’il rate sont exactement ceux qui déclenchent une action.
Il en découle une manière de lire les taux publiés par d’autres, quand il y en a. La première question n’est pas « combien » mais « sur quoi » : quel échantillon, quelle langue exactement, quelle référence, quelle date. Un taux dont ces quatre réponses manquent ne se compare pas au vôtre, et le citer revient à emprunter la conclusion de quelqu’un sans son expérience.
Le taux reste utile pour comparer deux systèmes sur la même bande son. Il ne dit pas si un système est assez bon pour votre usage — ce sont deux questions différentes, et la seconde se mesure autrement.
Le mot n’est pas la bonne unité ici
La darija écrite n’a pas d’orthographe normalisée. Le même mot s’écrit de plusieurs façons selon la personne qui transcrit, et une mesure mot à mot compte ces différences comme des erreurs alors qu’aucune information n’est perdue.
La conséquence est qu’un taux calculé sans précaution mesure surtout le désaccord orthographique entre votre transcripteur humain et le modèle. Deux personnes transcrivant le même appel produisent déjà des textes différents, et l’écart entre elles peut être du même ordre que l’écart qu’on cherche à mesurer.
La parade tient en une règle de normalisation écrite avant de commencer et appliquée des deux côtés : les deux textes passent par la même transformation — même traitement des voyelles courtes, des variantes de graphie, de la ponctuation, des chiffres écrits en toutes lettres. Ce n’est pas une correction, c’est une mise à égalité.
Nous recommandons en plus une seconde mesure, qui est celle qui décide : le taux d’erreur sur les **éléments décisifs**. On liste, appel par appel, les informations qui déclenchent quelque chose — un nom, un numéro, une quantité, une date, une adresse — et on compte combien sont transcrites correctement. C’est une mesure plus petite, plus lente à établir, et beaucoup plus proche de la question réelle.
L’échantillon : combien, et lesquels
Un échantillon utilisable est fait d’appels réels, pris tels quels, sur une période continue. Les enregistrements choisis parce qu’ils sont clairs produisent une mesure qui décrit un monde où tout le monde parle bien.
La taille se raisonne en minutes d’audio plutôt qu’en nombre d’appels. Une trentaine de conversations complètes donne assez de matière pour distinguer deux systèmes très différents ; en dessous, l’écart mesuré et le hasard se ressemblent trop pour conclure.
La composition compte davantage que la taille, et c’est le point le plus souvent négligé. Un échantillon doit contenir des appels courts et longs, des lignes bonnes et mauvaises, des voix d’hommes et de femmes, des personnes qui parlent vite, et au moins quelques appels passés depuis un lieu bruyant — un marché, une voiture, un atelier.
Notez enfin les appels que vous excluez et pourquoi. Un échantillon dont les exclusions ne sont pas écrites n’est pas reproductible, et c’est la première chose que quelqu’un vous demandera s’il veut refaire votre mesure.
La référence : qui transcrit, et comment
La référence humaine est la partie coûteuse et c’est elle qui décide de la valeur du reste. Elle demande quelqu’un dont la darija est celle de vos clients — pas seulement quelqu’un qui parle arabe.
La consigne donnée au transcripteur doit être écrite et courte : transcrire ce qui est dit et non ce qui aurait dû l’être, garder les répétitions et les hésitations, ne rien corriger, marquer les passages inaudibles plutôt que de les deviner. Un transcripteur qui améliore le texte fabrique une référence que même un système parfait ne peut pas atteindre.
Le rythme mérite d’être annoncé pour que le budget ne surprenne personne : transcrire de la parole spontanée prend plusieurs fois la durée de l’audio, davantage encore quand la ligne est mauvaise et qu’il faut réécouter. Trente conversations ne se transcrivent pas dans une matinée, et une équipe à qui l’on promet le contraire produit une référence bâclée, ce qui ruine la mesure plus sûrement qu’un mauvais modèle.
La double saisie est la précaution qui vaut son coût sur une partie de l’échantillon : deux personnes transcrivent les mêmes cinq appels indépendamment, et l’on mesure leur désaccord. Ce chiffre est la borne inférieure de votre mesure — aucun système ne peut faire mieux que l’accord entre deux humains sur la même bande.
Cette borne est aussi ce qui rend une comparaison honnête. Un écart entre deux modèles plus petit que le désaccord entre vos deux transcripteurs ne prouve rien, et c’est le résultat que la plupart des comparaisons publiées ne rapportent jamais.
Ce qu’il faut enregistrer autour du son
Chaque appel de l’échantillon porte une fiche, et elle se remplit au moment de la collecte parce qu’elle est impossible à reconstituer après. Quatre champs suffisent la plupart du temps.
La durée, en secondes. La qualité de la ligne, sur une échelle à trois valeurs jugée à l’oreille — bonne, moyenne, mauvaise. La présence de bruit de fond, oui ou non. Et le canal : téléphone fixe, mobile, application de messagerie, chacun ayant sa propre compression.
Ces champs servent à une seule chose et elle est décisive : ils permettent de savoir si un système est mauvais en général ou mauvais sur les mauvaises lignes. Ce sont deux problèmes différents, l’un se règle en changeant de fournisseur et l’autre en changeant d’opérateur ou de matériel.
Ajoutez-y, si vous le pouvez, la région du locuteur telle que vous la connaissez. La variation régionale est réelle, et un système peut être excellent sur une ville et médiocre sur une autre sans que la moyenne le montre.
Le protocole de notation, pas à pas
Premièrement, geler l’échantillon : les fichiers audio et les fiches, dans un dossier auquel on ne touche plus. Toute modification après le début fausse les comparaisons faites avant.
Deuxièmement, produire la référence humaine, puis appliquer la règle de normalisation à cette référence et la mettre de côté. Troisièmement, faire passer le même audio par chaque système, le même jour, et normaliser chaque sortie avec exactement la même règle.
Quatrièmement, calculer le taux d’erreur sur les mots pour chaque système, puis relever séparément les éléments décisifs. Cinquièmement, écrire les deux séries de résultats côte à côte avec, en tête de tableau, la date, la version de chaque système et le désaccord humain mesuré à l’étape de la double saisie.
Sixièmement — et c’est l’étape que tout le monde saute — refaire passer un des systèmes une seconde fois, le lendemain, sur les mêmes fichiers. Si le résultat bouge, votre mesure a une variabilité propre, et il faut la connaître avant de conclure qu’un système est meilleur qu’un autre de deux points.
Comparer sans se tromper de comparaison
Une comparaison n’a de sens qu’à conditions identiques, et la liste de ce qui doit être identique est plus longue qu’on ne croit : le même audio, la même normalisation, la même période, et la même absence de dictionnaire personnalisé.
Ce dernier point mérite d’être insisté. Un système auquel on a fourni la liste de vos produits et de vos quartiers n’est plus comparable à un système brut, et la différence mesurée est celle de la liste, pas celle du modèle. Cette couche de rapprochement est d’ailleurs souvent la bonne solution — mais alors elle se mesure séparément, comme une amélioration appliquée au meilleur système.
Le résultat honnête d’une comparaison est donc rarement « le système A est meilleur ». Il est plutôt : sur ce type d’appels, dans ces conditions, à cette date, A perd moins d’éléments décisifs que B, et l’écart dépasse le désaccord entre nos transcripteurs.
Il y a enfin une demande à adresser au fournisseur, et une seule vaut d’être faite : la version exacte du système utilisé, avec sa date. Beaucoup répondront qu’ils ne la communiquent pas, ce qui est déjà une information — cela signifie que votre mesure ne sera pas reproductible chez eux, et que la dégradation d’un jour à l’autre ne pourra jamais leur être opposée.
Notez la date en toutes lettres dans le tableau. Les modèles de transcription changent sans préavis et sans changer de nom, et un tableau sans date décrit un état du monde qui n’existe plus.
Ce que nous avons observé, et ce que nous n’avons pas
Voici l’état exact de ce que nous détenons, pour que personne ne prête à cet article plus qu’il ne contient. Notre propre chaîne de transcription tourne avec trois cas d’évaluation, écrits pour vérifier que le service répond et rend du texte plausible.
Ce n’est pas une mesure. Trois cas ne constituent pas un échantillon, il n’y a pas de référence humaine derrière, et rien n’a été comparé à un second système. Nous n’avons donc aucun taux d’erreur à publier, en darija ni dans une autre langue.
Ce que nous avons en revanche est qualitatif, répété et daté : sur les travaux menés jusqu’à aujourd’hui, ce qui casse n’est pas la langue mais le lexique — les noms propres, les quartiers, les références produit et les chiffres. C’est un constat de terrain, il est décrit en entier ailleurs, et il ne se transforme pas en pourcentage sans le protocole ci-dessus.
Nous publierons un chiffre le jour où nous aurons fait tourner ce protocole sur un échantillon réel, avec l’accord des personnes enregistrées, et nous publierons alors la méthode et le tableau ensemble. En attendant, la séance d’écoute hebdomadaire reste la façon la plus honnête de savoir où on en est.
Avant d’enregistrer quoi que ce soit
Un appel client est une donnée à caractère personnel, et l’enregistrer est un traitement. La loi 18-07 du 10 juin 2018, modifiée et complétée par la loi 25-11 du 24 juillet 2025, s’applique intégralement à cet échantillon.
Trois obligations concrètes en découlent avant la première minute enregistrée. Informer la personne au début de l’appel, dans une phrase qu’elle comprend et dans sa langue. Limiter la conservation à la durée de la mesure et l’écrire. Et inscrire ce traitement dans votre registre, avec sa finalité réelle — évaluer la qualité d’un système de transcription — et non une finalité générale.
La partie que les entreprises oublient est le sort de l’échantillon après la mesure. Un dossier d’enregistrements réels qui traîne sur un poste de travail est le genre de chose qui rend une inspection très courte et très mauvaise. Décidez de la date de suppression avant de collecter, pas après.
Si l’audio doit sortir du territoire pour être transcrit — ce qui est le cas de la plupart des services — la question change de nature et relève du transfert de données. C’est le point du protocole qui arrête le plus de projets, et il vaut mieux qu’il les arrête avant la collecte.
Le contrôle : la version courte
Le protocole complet demande une journée de travail et un accord juridique. Il existe une version en une heure qui ne donne pas de taux d’erreur mais répond à la question « est-ce que ça vaut la peine d’aller plus loin ».
Prenez vingt appels récents. Écoutez-les en notant seulement, pour chacun, les éléments décisifs prononcés — le nom, le numéro, la quantité. Faites transcrire les mêmes vingt par le système que vous envisagez. Comptez combien de ces éléments sont corrects.
Vous n’obtenez pas une mesure comparable à quoi que ce soit, et ce n’est pas le but. Vous obtenez la seule information qui décide à ce stade : la proportion des informations qui déclenchent une action et qui arrivent intactes.
Si elle est mauvaise, aucun réglage ne la sauvera et le protocole complet est une dépense inutile. Si elle est bonne, vous savez que la mesure sérieuse vaut la journée qu’elle coûte, et vous savez déjà quels appels y mettre.
Ce que nous faisons, et ce que nous refusons
Nous faisons tourner ce protocole avec vous, de la constitution de l’échantillon au tableau final, et nous vous laissons les fichiers, la règle de normalisation et la feuille de notation — pour que vous puissiez le refaire sans nous dans six mois et comparer.
Nous refusons de publier un taux d’erreur que nous n’avons pas mesuré, y compris arrondi, y compris « d’après notre expérience ». Un pourcentage sur cette page serait cité pendant des années par des gens qui n’ont aucun moyen de savoir d’où il vient, et c’est exactement ce que ce protocole existe pour éviter.
Nous refusons également de mesurer sur des enregistrements collectés sans information des personnes concernées. Ce n’est pas une position morale abstraite : c’est un traitement illicite, et un chiffre obtenu ainsi ne peut ni être publié ni être montré à un client.
Ce que vous pouvez faire sans nous est la version courte de la section 11, et le mieux serait que vous fassiez le protocole entier et que vous le publiiez. Ce marché manque d’une mesure honnête, et la première qui paraîtra avec sa méthode complète servira à tout le monde, nous compris.
Questions fréquentes
Pourquoi ne pas reprendre les chiffres publiés par les fournisseurs ?
Parce qu’ils portent presque toujours sur l’arabe standard ou sur un ensemble de dialectes qui n’inclut pas le nôtre, et parce que le protocole n’est pas publié avec. Un pourcentage sans échantillon, sans référence et sans date ne se compare à rien.
Combien d’appels faut-il vraiment ?
Une trentaine de conversations complètes suffit à séparer deux systèmes nettement différents. Ce qui manque le plus souvent n’est pas le nombre mais la variété : lignes mauvaises, bruit de fond, débits rapides, plusieurs régions.
Peut-on utiliser des enregistrements anciens ?
Techniquement oui, juridiquement seulement s’ils ont été collectés pour une finalité qui couvre cet usage. Réutiliser des appels enregistrés pour la formation d’une équipe afin de tester un fournisseur est un changement de finalité, et il se traite avant, pas après.
Faut-il transcrire soi-même ou faire appel à quelqu’un ?
Peu importe qui, à condition que sa darija soit celle de vos clients et qu’il suive une consigne écrite. Le risque principal n’est pas la compétence, c’est la tentation de corriger ce qui est dit — une référence améliorée rend la mesure ininterprétable.
Le taux d’erreur peut-il vraiment dépasser 100 % ?
Oui, et c’est normal : les insertions comptent, et un système qui hallucine du texte sur du silence en produit beaucoup. C’est même un signal utile — un taux au-dessus de cent indique un comportement de remplissage plutôt qu’un simple manque de précision.
Publierez-vous vos résultats ?
Oui, le jour où ils existent, avec la méthode complète, l’échantillon décrit et la date. D’ici là cette page ne contient aucun chiffre, et son absence est délibérée plutôt qu’un oubli.
Où nous intervenons
La version courte à vingt appels dit en une heure si la mesure sérieuse mérite la journée qu’elle coûte.
- Nous constituons l’échantillon avec vous, exclusions écrites, et fiches remplies à la collecte.
- La règle de normalisation est fixée avant la première transcription et appliquée des deux côtés.
- Les fichiers, la feuille de notation et le tableau daté restent chez vous, refaisables sans nous.
Aucun pourcentage ne sortira d’ici tant que nous ne l’aurons pas mesuré nous-mêmes sur un échantillon réel et déclaré.
À lire ensuite
Le coût d’un appel, minute par minute
Quatre compteurs tournent pendant un appel vocal et aucun ne compte la même chose. Les confondre donne une estimation fausse d’un facteur, pas d’une marge.Les mots que la transcription ne connaît pas
L’agent vocal comprend la phrase et rate le nom. C’est l’inverse de ce qu’on redoute, et c’est ce qui rend un rendez-vous inutilisable.Agent vocal : le test des trente secondes
Un agent vocal ne remplace pas votre standard. Il prend les appels que personne ne prend — et seulement ceux qui tiennent en trente secondes.
Parlons de votre projet
Un audit gratuit, sans engagement : nous regardons votre présence en ligne et nous vous disons ce qui coince.