Intelligence artificielle
Recherche interne : le coût des zéro résultat
Le rapport le moins consulté de votre boutique est votre meilleur signal de demande. Ce qu’il contient, et ce qui relève vraiment du moteur.
Une minorité de visiteurs utilise la recherche interne d’une boutique, et cette minorité achète beaucoup plus que les autres. C’est logique : quelqu’un qui tape un nom de produit sait ce qu’il veut, il est plus près de l’achat que n’importe quel visiteur arrivé sur la page d’accueil, et il vous a dit exactement ce qu’il cherchait.
Il s’ensuit qu’une recherche qui ne trouve rien est la fuite la plus chère d’une boutique. C’est aussi la moins regardée : le rapport des requêtes sans résultat existe dans presque toutes les plateformes, il est gratuit, et il est ouvert par à peu près personne.
Cet article décrit ce que ce rapport contient, comment trier ce qui relève du moteur de ce qui relève de votre assortiment, et pourquoi les recommandations personnalisées sont presque toujours prématurées. La moitié de ce qui suit se fait sans prestataire.
Le rapport que personne n’ouvre
La première chose à faire n’est pas de changer de moteur, c’est d’exporter trois mois de requêtes internes et de les lire. Une demi-heure suffit pour les classer, et le classement est le vrai livrable du projet — celui qui reste utile quel que soit l’outil que vous choisirez ensuite.
Ce que vous y trouverez est presque toujours réparti dans les mêmes quatre familles : des fautes de frappe, des mots dans une autre langue que votre catalogue, des produits que vous ne vendez pas, et des produits que vous vendez sous un autre nom. Chacune appelle une réponse différente et une seule est technique.
Il faut lire les requêtes exactement telles qu’elles ont été tapées, sans les normaliser. La façon dont vos clients écrivent le nom d’un produit est une information commerciale : c’est le mot qu’ils emploieront aussi dans un moteur de recherche, dans un message privé, et au comptoir.
Il y a une raison structurelle à ce désintérêt et elle vaut d’être nommée : ce rapport ne ressemble pas à un rapport de performance. Il ne contient ni courbe, ni comparaison au mois précédent, ni pourcentage. C’est une liste de mots, et une liste de mots ne se présente pas en réunion. C’est pourtant le seul endroit de votre outillage où vos clients vous parlent directement, sans intermédiaire et sans reformulation.
La faute de frappe est un problème de moteur
Un moteur qui exige l’orthographe exacte échoue sur une part importante des requêtes, et il échoue silencieusement : le visiteur voit une page vide, en conclut que vous n’avez pas l’article, et part. Rien dans vos statistiques ne distingue ce cas d’une absence réelle de stock.
La tolérance aux fautes est le correctif au rendement le plus rapide de tout ce sujet. Elle couvre les lettres inversées, les accents absents, les doublements, le singulier et le pluriel, et elle se met en place sans toucher au reste de la boutique.
Elle a une limite qu’il faut connaître : trop de tolérance ramène des résultats faux et abîme la confiance dans la recherche. Le réglage se fait sur vos propres requêtes, pas sur un réglage par défaut, et c’est une des rares choses de ce domaine qui se mesure proprement avant et après.
Il faut aussi regarder l’autre bout du problème : les requêtes qui ramènent trop de résultats. Un client qui tape un mot large et reçoit deux cents articles non triés est dans la même situation que celui qui n’en reçoit aucun — il ne peut pas choisir, et il part. Ce cas ne figure pas dans le rapport des zéro résultat et il se repère au taux de clic après recherche, qui s’effondre sur ces requêtes-là.
Le produit absent est un problème d’assortiment
Une part des requêtes sans résultat porte sur des produits que vous ne vendez pas. Aucun moteur ne réglera cela, et c’est une bonne nouvelle : la liste, triée par volume, est une étude de demande gratuite et datée sur votre propre audience.
Ce que la boutique doit faire de ces requêtes est une décision de commerce, pas de technique. Afficher une page qui dit « nous n’avons pas cet article » avec des alternatives réelles vaut infiniment mieux qu’une page vide, et permet en plus de proposer une alerte de réapprovisionnement.
Nous rendons cette liste au cadrage et elle vous appartient. C’est souvent la partie du projet qui rapporte le plus, et c’est celle où nous n’avons rien à vendre.
Cette liste a une valeur qui dépasse la boutique. Ce que vos clients cherchent et que vous n’avez pas est aussi ce qu’ils demandent au comptoir, ce qu’ils tapent dans un moteur de recherche, et ce dont vos concurrents s’aperçoivent peut-être avant vous. La transmettre à la personne qui décide de l’assortiment est plus utile que de la garder dans un dossier technique où elle finit oubliée.
Le même produit sous un autre nom
La troisième famille est la plus facile à corriger et la moins évidente à repérer : vos clients cherchent un produit que vous avez, avec le mot qu’ils emploient, qui n’est pas celui de votre fiche. Le nom commercial du fabricant contre le nom d’usage, la marque contre la catégorie, l’abréviation contre le terme complet.
La réponse est une liste de synonymes construite à partir de vos propres requêtes, pas d’un dictionnaire générique. Elle demande une heure et elle est spécifique à votre catalogue, à votre région et à votre clientèle.
La liste de synonymes a une propriété agréable : elle se construit une fois et elle vieillit lentement. Les mots que vos clients emploient changent moins vite que votre catalogue, et une liste établie cette année sera encore largement juste l’année prochaine. C’est un des rares travaux de ce domaine dont le résultat ne se dégrade pas tout seul.
Français, arabe, et le mot écrit comme il s’entend
Une requête n’est presque jamais dans une seule langue. Un même client cherche une marque en caractères latins, une catégorie en français et une précision en arabe, parfois dans la même phrase, et écrit les noms de produits comme il les entend plutôt que comme ils s’écrivent.
Un moteur configuré pour une seule langue échoue sur la majorité de ces requêtes, et il échoue de la façon la plus coûteuse : silencieusement. Le visiteur ne signale pas l’échec, il ne recommence pas avec un autre mot, il part.
Le traitement correct indexe le catalogue dans les deux écritures et rapproche les translittérations courantes des noms de marque. Ce n’est pas une fonctionnalité exotique ici, c’est le cas normal, et un prestataire qui le présente comme une option a mal compris le marché.
Un point technique qui vaut d’être demandé explicitement : la recherche doit ignorer les signes diacritiques dans les deux sens. Un client qui tape sans accents doit trouver un article dont la fiche en comporte, et l’inverse doit être vrai aussi. Cela paraît élémentaire et c’est le réglage le plus souvent oublié, parce qu’il ne se voit pas tant qu’on teste avec des mots qu’on écrit correctement.
Il y a un cas limite qui mérite d’être traité explicitement : les requêtes d’un seul caractère ou d’un chiffre isolé. Elles paraissent absurdes dans le rapport et elles ne le sont pas — ce sont des références produit tapées partiellement, ou des tailles. Les traiter comme du bruit fait disparaître des requêtes réelles du rapport, et c’est une des façons les plus discrètes de se priver de la moitié du signal.
Les filtres portent sur ce qui décide
Après la recherche vient le tri, et les filtres utiles ne sont pas ceux qui reproduisent l’arborescence du catalogue. Ce sont ceux sur lesquels l’achat se joue réellement : la taille, la compatibilité, et surtout la disponibilité dans la wilaya de livraison.
Un filtre par catégorie aide quelqu’un qui parcourt ; il n’aide pas quelqu’un qui a déjà tapé un nom de produit et qui cherche à savoir s’il peut l’avoir. Ce sont deux visiteurs différents et la recherche sert le second.
Les filtres ont une contrainte d’affichage qu’on sous-estime : sur un téléphone, un panneau de filtres qui occupe deux écrans n’est pas utilisé. Trois ou quatre filtres visibles sans défilement font plus de travail que douze rangés dans un menu déroulant, et le choix de ces trois ou quatre se fait à partir des requêtes, pas à partir de la structure du catalogue.
La disponibilité passe avant la pertinence
Un résultat parfaitement pertinent mais indisponible est un mauvais résultat. C’est plus vrai ici qu’ailleurs, parce que la livraison n’est pas uniforme : un article disponible à Alger et pas à Béchar n’est pas disponible pour un client de Béchar, et le lui apprendre en fin de commande coûte plus que l’article.
La conséquence pratique est que le stock et la zone de livraison entrent dans le classement des résultats plutôt que d’être affichés après. Un article indisponible peut rester visible — il informe — mais il ne doit pas occuper la première position.
C’est un arbitrage à poser explicitement, parce que la plupart des moteurs classent par pertinence textuelle par défaut et ne savent rien de votre logistique.
Il y a une formulation qui fonctionne mieux que de masquer l’article : le montrer avec sa disponibilité par zone, en clair, dès la liste de résultats. « Disponible à Alger, sous trois jours ailleurs » est une information que le client sait utiliser. Le retirer de la liste le prive du choix et lui laisse penser que vous ne l’avez pas du tout, ce qui est une information fausse.
Le volume que les suggestions exigent
« Les clients ayant acheté ceci ont aussi acheté cela » est une phrase qui décrit une régularité statistique. Pour qu’une régularité existe, il faut assez de commandes pour qu’une association se répète autrement que par hasard, et cette quantité est plus grande que l’intuition ne le suggère.
En dessous, le système produit des associations réelles au sens arithmétique et absurdes au sens commercial : deux produits achetés ensemble trois fois par la même personne, un article saisonnier lié à tout ce qui s’est vendu la même semaine. Le calcul est juste et le conseil est faux.
Le test à exiger est simple : faire tourner les associations sur l’historique passé et vérifier qu’elles battent une sélection écrite à la main par quelqu’un qui connaît les produits. Souvent elles ne la battent pas, et la sélection manuelle est alors la bonne réponse — plus rapide, plus explicable, et modifiable par la personne qui tient la boutique.
Il y a une alternative intermédiaire qui vaut d’être connue : les associations écrites par catégorie plutôt que par produit. « Avec une imprimante, proposer des cartouches compatibles » est une règle qui tient sur une ligne, ne demande aucun historique, et ne se trompe jamais de façon embarrassante. Elle couvre l’essentiel de ce qu’un système statistique trouverait, sans en attendre le volume.
Ne jamais suggérer ce qui n’est pas disponible
C’est l’erreur la plus fréquente et la plus irritante : un bloc de suggestions qui propose un article en rupture, un article déjà dans le panier, ou un article que le client vient d’acheter. Chacun de ces trois cas se corrige par une règle, pas par un modèle.
Ils comptent plus qu’il n’y paraît parce qu’ils sont lus comme un signe d’inattention de votre part. Un moteur qui propose ce qu’on vient d’acheter apprend au client que le bloc ne mérite pas d’être regardé, et il ne le regardera plus.
Il y a un cas particulier qui mérite une règle à part : les produits achetés rarement et par unité, comme un appareil ou un meuble. Les recommander à quelqu’un qui vient d’en acheter un est doublement inutile, et une simple exclusion par catégorie règle le cas mieux qu’un modèle. Les règles de ce type se comptent sur une main et évitent la plupart des suggestions embarrassantes.
Les fiches vides ne se compensent pas
Un système de recherche et un système de recommandation travaillent tous les deux sur ce qui décrit vos produits. Si la fiche tient en trois mots et une photo, il n’y a rien sur quoi travailler, et aucun modèle ne comblera cela.
C’est une situation fréquente et elle a une réponse peu satisfaisante : remplir les fiches. C’est du travail manuel, il est long, et il est le projet au meilleur rendement de cette page — il améliore la recherche interne, le référencement, les recommandations et les fiches elles-mêmes, en une seule fois.
Nous le disons au cadrage quand c’est le cas, et nous ne prenons pas le projet de moteur tant que ce n’est pas fait. Un moteur installé sur un catalogue vide donne des résultats médiocres qu’on attribuera au moteur.
Il y a une façon de rendre ce travail supportable : le faire dans l’ordre du rapport. Plutôt que de remplir les fiches par catégorie ou par ordre alphabétique, commencez par les articles réellement cherchés. Cent fiches bien écrites sur les produits qui reçoivent des requêtes valent mieux que mille fiches faites dans l’ordre du catalogue, et le rapport vous donne l’ordre gratuitement.
Mesurer avant et après
Le taux de requêtes sans résultat est le seul chiffre qui dit si ce travail a servi. Il se relève avant l’intervention, il se relève après, et il n’a pas besoin d’être comparé à quoi que ce soit d’extérieur pour être utile.
Le second indicateur est la part des sessions comportant une recherche qui aboutissent à un achat. Elle est presque toujours nettement supérieure aux sessions sans recherche, et cet écart est l’argument qui justifie de consacrer du temps à un rapport que personne n’ouvrait.
Une précaution sur la mesure elle-même : relevez le taux sur une période comparable, pas sur les deux semaines qui suivent l’intervention. Une nouveauté attire des recherches inhabituelles et une période de soldes en attire d’autres, et comparer un mois ordinaire à une période de pointe donne un écart qui ne doit rien au travail effectué. Un mois avant, le même mois l’an dernier si possible, et un mois après.
Ce que nous faisons, et ce que nous ne vendrons pas
Nous exportons vos requêtes, nous les classons dans les quatre familles, nous remplaçons le moteur si c’est ce que le classement indique, et nous mesurons le taux de zéro résultat avant et après. Les recommandations viennent après, si l’historique les porte.
La liste des requêtes sans résultat vous est rendue avant tout engagement, et nous savons en la rendant que la plus grande partie de ce qu’elle contient se règle sans nous : écrire des synonymes, corriger des noms de fiches, décider d’ajouter ou non un produit à l’assortiment. Ce sont des décisions de commerce, elles se prennent en une matinée par la personne qui tient la boutique, et elles produisent souvent plus d’effet que le changement de moteur qui les suivrait. Nous préférons rendre ce document et perdre la moitié du projet plutôt que de vendre un moteur qui masquerait un problème d’assortiment.
Ce que nous ne vendrons pas est un moteur de recommandation sur un historique trop mince. Nous savons le construire, il tournera, et il affichera des associations calculées correctement à partir de trop peu de commandes — c’est-à-dire du hasard avec une addition juste derrière. Le client verrait des suggestions, les croirait tirées de son propre commerce, et les laisserait en place. Quand le test sur l’historique ne bat pas une sélection écrite à la main, nous proposons la sélection à la main et nous le disons clairement : c’est un livrable moins impressionnant, moins cher, et qui reste modifiable par vous sans nous appeler.
Une dernière remarque sur l’ordre des travaux, parce qu’elle décide du budget. Si vous ne deviez faire qu’une seule chose de tout cet article, ce serait la tolérance aux fautes de frappe : c’est la moins chère, la plus rapide à mettre en place, et celle dont l’effet se mesure en jours plutôt qu’en mois. Le reste peut attendre le trimestre suivant sans que rien se dégrade, et nous le disons dans cet ordre même quand la commande portait sur l’ensemble.
Questions fréquentes
Combien de produits faut-il pour que cela vaille la peine ?
En dessous de quelques centaines de références, une navigation claire fait généralement mieux qu’un moteur. Nous le disons plutôt que de vendre l’installation.
Faut-il changer de plateforme e-commerce ?
Non dans la plupart des cas. La recherche se remplace sans toucher au reste de la boutique, et c’est ainsi que nous procédons.
Combien de commandes faut-il pour des recommandations ?
Assez pour qu’une association se répète autrement que par hasard. Nous testons sur votre historique et nous vous montrons le résultat avant que vous décidiez.
La recherche gère-t-elle l’arabe et le français ensemble ?
Oui, y compris dans une même requête et avec des noms de marque translittérés. C’est le cas normal ici et il se traite en priorité.
Que faire des produits cherchés que nous ne vendons pas ?
Les afficher comme absents avec des alternatives réelles plutôt que de renvoyer une page vide, et garder la liste. C’est une décision d’assortiment.
Comment savoir si cela a marché ?
Par le taux de requêtes sans résultat et la part des sessions avec recherche qui aboutissent, relevés avant et après. Les deux sont dans votre propre outil.
Où nous intervenons
Vos requêtes internes sans résultat, classées en quatre familles, désignent le problème sans ambiguïté. Trois de ces familles ne se corrigent pas avec un moteur.
- Nous vous rendons la liste des requêtes muettes avant tout engagement.
- Nous corrigeons d’abord le catalogue, qui règle la majorité des cas.
- Nous ne remplaçons le moteur qu’en dernier, si la quatrième famille domine.
Sans volume, un moteur de recommandation propose au hasard : nous n’en installerons pas un chez vous pour un effet que personne ne verra.
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