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Les mots que la transcription ne connaît pas

L’agent vocal comprend la phrase et rate le nom. C’est l’inverse de ce qu’on redoute, et c’est ce qui rend un rendez-vous inutilisable.

Publié le 10 août 2026 — Algeria Agency

Un client appelle un atelier à Tlemcen pour un rendez-vous. Il dit son nom, l’agent le répète de travers, il le redit en épelant, l’agent le répète autrement. Le rendez-vous est pris, la fiche porte un nom qui n’existe pas, et personne ne retrouvera le dossier quand la voiture arrivera.

La phrase avait été parfaitement comprise. Ce qui a échoué est un mot, et c’est le cas le plus fréquent : un système d’intelligence artificielle vocal se trompe rarement sur « je voudrais un rendez-vous mardi » et se trompe régulièrement sur le nom, le quartier et la référence de la pièce.

Cet article nomme les mots qui cassent, dit pourquoi ils cassent, et décrit la couche de rapprochement qui répond — celle qui signale au lieu de corriger. Il ne reprend pas l’argument selon lequel la transcription décide avant le modèle, qui est traité ailleurs et qui est le préalable de tout ce qui suit.

Ce qui casse n’est pas la langue, c’est le lexique

La confusion la plus répandue sur ce sujet est de croire que le problème est l’accent ou la langue. Les systèmes de transcription actuels se débrouillent avec un français d’Algérie, avec un arabe standard, et à peu près avec une phrase en darija dont la structure est courante.

Ce qu’ils ne font pas, c’est deviner un mot qui n’était pas dans ce qu’ils ont appris. Une transcription choisit, à chaque instant, la suite de sons la plus probable selon un corpus ; un mot absent de ce corpus ne peut pas être choisi, et le système propose à la place le mot connu qui lui ressemble le plus.

C’est pour cela que l’erreur a une forme reconnaissable et qu’elle est trompeuse : elle produit un mot réel. Ce n’est pas du bruit, ce n’est pas un blanc, c’est un autre nom, parfaitement orthographié, qui s’installe dans la fiche sans que rien ne signale une difficulté.

Ce qui suit est ce que nous avons observé sur les systèmes que nous avons mis en service et écoutés, pas le résultat d’un référentiel publié. Nous n’en publions pas de taux d’erreur : nous n’avons pas de corpus audio annoté ni de comparaison entre modèles, et un pourcentage inventé sur ce sujet serait précisément ce que cet article reproche aux systèmes qu’il décrit.

Les noms propres, et les deux alphabets

Un nom algérien s’écrit couramment de plusieurs façons en caractères latins, parce que la transcription depuis l’arabe n’a jamais été unifiée. La même personne existe dans vos fichiers sous deux ou trois orthographes, écrites par deux employés différents il y a trois ans.

Pour un système de transcription, cela cumule deux difficultés. La première est de choisir une graphie ; la seconde est que la graphie choisie ne sera pas forcément celle qui figure dans votre base, ce qui rend la recherche infructueuse même quand la transcription est défendable.

Le cas qui coûte le plus est le prénom composé et le nom à particule, où le système coupe au mauvais endroit et produit deux mots dont l’un est un prénom courant. Le résultat ressemble à un nom plausible, et c’est ce qui le rend invisible dans une liste.

Il faut retenir une conséquence de conception plutôt qu’une liste de noms : si votre système cherche une correspondance exacte entre ce qu’il a transcrit et ce que contient votre base, il échouera sur une part importante des appels sans jamais dire pourquoi.

Les quartiers et les wilayas

Les noms de lieux algériens sont un cas particulier des noms propres et ils sont pires, parce qu’ils sont à la fois nombreux, peu présents dans les corpus d’entraînement, et souvent composés de mots qui existent par ailleurs.

Un quartier dont le nom contient un mot courant est régulièrement transcrit comme la suite de ces mots courants, ce qui produit une adresse grammaticalement correcte et géographiquement inexistante. À l’écoute, l’erreur ne s’entend pas ; sur un bon de livraison, elle envoie un livreur ailleurs.

Les wilayas s’en sortent mieux — elles sont plus présentes — et elles créent une autre erreur : le système les préfère. Un nom de commune peu courant est fréquemment remplacé par le nom de wilaya qui lui ressemble, ce qui transforme une adresse précise en une adresse de département.

La leçon opérationnelle est que l’adresse ne doit jamais être prise depuis la transcription seule. C’est la donnée la plus coûteuse à corriger après coup, parce que l’erreur ne se découvre qu’au moment de la livraison, et c’est aussi celle qu’il est le plus facile de faire confirmer par un autre canal.

Vos références produit n’existent dans aucun corpus

Une référence interne est, par construction, absente de tout ce sur quoi un modèle a été entraîné. Elle mélange des lettres et des chiffres selon une logique qui n’appartient qu’à vous, et le système doit deviner à la fois les caractères et leur découpage.

Le résultat n’est presque jamais un blanc. Il respecte la forme — la bonne longueur, le bon préfixe — et se trompe sur un ou deux caractères, ce qui produit une référence qui aurait pu exister. C’est le pire des résultats possibles, parce que rien dans son apparence ne signale l’erreur.

Les confusions sont prévisibles et se répètent : les lettres qui se prononcent presque pareil, le zéro et la lettre qui lui ressemble, les chiffres dits en groupes qui se recomposent autrement. Un catalogue dont les références se distinguent par un seul de ces caractères est un catalogue conçu pour l’écrit et lu à voix haute.

C’est le point où la solution est en partie chez vous plutôt que dans le système : un moteur ne dépasse jamais la qualité du catalogue qu’on lui donne, et une référence lisible à voix haute est une décision de catalogue avant d’être un problème de transcription.

Les chiffres, et l’endroit où ils se cassent

Les nombres sont mieux transcrits que les noms et ils cassent quand même, pour une raison qui n’a rien à voir : la façon de les dire. Un numéro de téléphone énoncé par groupes de deux, par groupes de trois, ou chiffre par chiffre produit trois transcriptions différentes du même numéro.

S’y ajoute le passage d’une langue à l’autre en cours de phrase, qui est la norme et pas l’exception dans un appel commercial ici. Un client donne son nom en arabe, son quartier en arabe, et son numéro en français ou en alternant, et le système doit changer de registre au milieu d’une donnée.

La bonne nouvelle est que les chiffres sont la donnée la plus facile à vérifier automatiquement, parce qu’ils ont une forme : un numéro de téléphone algérien a une longueur et un préfixe connus. Un contrôle de forme rejette la plupart des erreurs sans rien connaître du client.

C’est la seule catégorie où la correction automatique est raisonnable, et à une condition stricte : corriger vers une forme valide, jamais vers une valeur existante. Compléter un numéro incomplet en le rapprochant du numéro d’un autre client est le genre d’erreur qui envoie une confirmation de rendez-vous à la mauvaise personne.

Pourquoi corriger dans le modèle ne marche pas

Le premier réflexe est de vouloir améliorer la transcription : lui apprendre les noms, l’adapter, la spécialiser. C’est possible dans une certaine mesure, cela demande des données, et cela règle mal le problème pour une raison de fond.

Le lexique qui vous manque n’est pas stable. Vos clients changent, votre catalogue change, une nouvelle commune apparaît dans vos livraisons. Un modèle adapté est adapté à un état de votre activité, et il faut le réadapter à chaque changement — ce qui est un projet récurrent là où vous vouliez une solution.

Il y a plus décisif : même un système parfaitement adapté se trompera parfois, et la question n’est pas d’éliminer l’erreur mais de savoir quand elle s’est produite. Un modèle qui se trompe moins souvent mais toujours en silence ne vous donne rien de plus qu’avant.

La réponse ne se trouve donc pas dans le modèle mais après lui, dans une couche qui compare ce qu’il a produit à ce que vous savez déjà. C’est moins impressionnant et cela se construit en quelques jours plutôt qu’en quelques mois.

La couche de rapprochement : vos listes, pas le modèle

Le principe tient en une phrase : la sortie de la transcription n’est pas une donnée, c’est une hypothèse, et elle est confrontée à vos listes réelles avant d’entrer où que ce soit. Vos clients, vos communes de livraison, vos références produit.

Techniquement, c’est une recherche tolérante aux différences plutôt qu’une correspondance exacte, et son réglage est tout le travail. Trop stricte, elle ne trouve rien et vous êtes revenu au point de départ ; trop lâche, elle rapproche deux clients différents, ce qui est bien pire que de n’avoir rien trouvé.

Ce réglage se fait sur vos données et pas sur un principe général, parce qu’il dépend de la taille et de la forme de vos listes. Une base de trois cents clients tolère beaucoup ; une base de trente mille où plusieurs personnes partagent un patronyme courant ne tolère presque rien.

Le rapprochement doit aussi savoir répondre « plusieurs candidats ». C’est un résultat légitime et c’est celui que les systèmes construits vite ne prévoient pas : ils choisissent le premier, ce qui produit exactement l’erreur silencieuse que toute cette couche existait pour éviter.

Signaler plutôt que corriger

C’est la règle qui change le plus les systèmes que nous voyons, et elle est contre-intuitive : quand le rapprochement n’est pas certain, il ne faut pas corriger, il faut le dire.

Une correction silencieuse transforme une erreur visible en erreur invisible. Avant, un nom manifestement faux dans une fiche alertait la personne qui la lisait ; après, un nom plausible et faux ne l’alerte plus. Le système a amélioré la statistique et dégradé la détection.

Ce que « signaler » veut dire en pratique est court : la fiche porte la valeur retenue, une marque indiquant qu’elle est incertaine, et la valeur brute transcrite à côté. Une personne qui reprend le dossier voit immédiatement ce qui a été deviné, ce qui prend une seconde et évite un déplacement.

Pour un agent vocal, il y a un geste supplémentaire et il coûte peu : faire répéter, ou mieux, demander une confirmation par un autre canal pour les données coûteuses. Un message de confirmation qui contient l’adresse telle qu’elle a été comprise règle la question du quartier définitivement.

À l’écrit, la même casse autrement

Le problème n’est pas propre à la voix, et une entreprise qui a un assistant écrit le rencontre sous une autre forme. Le client tape lui-même, donc il n’y a pas d’erreur de transcription — il y a des orthographes multiples, des fautes de frappe et des noms écrits en deux alphabets selon le clavier disponible.

La conséquence est identique : une recherche exacte échoue, et le système répond qu’il ne trouve pas ce dossier alors qu’il l’a sous les yeux. Le client, lui, sait qu’il est client, et une réponse « je ne trouve pas votre commande » est reçue comme une incompétence plutôt que comme une question d’orthographe.

La couche de rapprochement est donc la même, et c’est la bonne nouvelle de cet article : elle se construit une fois et sert aux deux canaux. C’est aussi pourquoi il vaut mieux la placer entre l’assistant et vos données plutôt que dans l’assistant.

Il reste une différence utile : à l’écrit, on peut demander une correction sans que ce soit désagréable. Proposer trois candidats et laisser le client choisir est naturel dans une conversation écrite, et impossible au téléphone sans allonger l’appel.

Ce que cela change sur le choix d’un fournisseur

Une démonstration d’agent vocal se fait presque toujours sur des phrases générales, et elles marchent. La question à poser en démonstration est donc précise : donnez vingt noms et vingt adresses de vos propres fichiers, en direct, et écoutez.

Ce qui distingue les fournisseurs n’est pas la qualité de la transcription — ils utilisent tous des systèmes proches — mais ce qu’ils font de l’incertitude. Un fournisseur qui n’a pas de réponse à « que se passe-t-il quand le rapprochement hésite » n’a pas construit la couche dont parle cet article.

La deuxième question est celle des listes : est-ce que le système peut consulter mes fichiers pour vérifier, et sous quelle forme. Un agent vocal qui n’a aucun accès à votre base est un agent qui devine, quelle que soit sa qualité par ailleurs.

La troisième est celle de la trace. La séance d’écoute hebdomadaire est ce qui fait remonter les mots ratés, et elle suppose que les appels soient conservés et écoutables. Un système qui ne garde rien ne s’améliore pas, parce que personne ne sait sur quoi il se trompe.

Le test des vingt noms

Voici le contrôle, et il se fait cette semaine, sans nous et sans projet. Prenez vingt noms de clients dans votre fichier — pas les plus faciles, pris au hasard — et vingt adresses de livraison réelles.

Lisez-les à voix haute au système que vous envisagez, ou à celui que vous avez déjà, comme un client les dirait : sans épeler, à vitesse normale, en changeant de langue si c’est ce que font vos clients. Notez ce qui revient.

Comptez trois choses, séparément. Combien sont exacts. Combien sont faux mais plausibles — un autre nom réel, une autre commune réelle. Et combien le système a signalés comme incertains. C’est le deuxième nombre qui décide : ce sont les erreurs que personne ne verra.

Sa version complète — échantillon, référence humaine, règle de normalisation et feuille de notation — est le protocole de mesure publié ici, pour le jour où un chiffre comparable devient nécessaire.

Le troisième nombre est celui qui juge le fournisseur plus que le premier. Un système qui transcrit correctement quinze noms sur vingt et signale les cinq autres est utilisable ; un système qui en transcrit dix-sept et ne signale rien produit trois erreurs invisibles par vingt appels, et c’est la version qui coûte cher.

Ce que nous faisons, et ce que nous refusons

Nous construisons la couche de rapprochement contre vos listes réelles et nous la réglons sur vos données, avec le seuil d’incertitude écrit et modifiable. Nous mettons aussi en place l’affichage de la valeur brute à côté de la valeur retenue, qui est la partie la moins impressionnante et celle qui évite les déplacements inutiles.

Nous faisons passer le test des vingt noms sur le système envisagé avant qu’il soit acheté, et nous vous montrons le deuxième nombre. C’est une demi-journée et elle a fait changer d’avis plus souvent qu’elle n’a confirmé un choix.

Nous ne publions aucun taux de reconnaissance, ni le nôtre ni celui d’un fournisseur. Nous n’avons pas de corpus audio annoté ni de comparaison entre modèles, et un chiffre avancé sans cela serait une mesure inventée présentée comme une mesure — exactement ce que cet article reproche à un système qui devine sans le dire.

Et nous ne mettons pas en place de correction automatique silencieuse sur un nom ou une adresse, même quand elle est demandée et qu’elle ferait de meilleures statistiques. Elle transforme une erreur qu’une personne aurait vue en une erreur que personne ne verra, et c’est le seul réglage de ce domaine que nous refusons de livrer.

Questions fréquentes

Un agent vocal peut-il apprendre nos noms de clients ?

On peut aider la transcription avec une liste de mots attendus, et cela améliore les cas les plus fréquents. Cela ne remplace pas la couche de rapprochement, pour deux raisons : votre lexique change en permanence, et même un système bien aidé se trompera parfois — la question n’est pas d’éliminer l’erreur mais de savoir quand elle a eu lieu.

Faut-il faire épeler les noms au téléphone ?

Pour un nom, souvent oui, et c’est acceptable pour l’appelant si cela ne se produit qu’une fois. Pour une adresse, c’est long et pénible, et la confirmation par message est presque toujours la meilleure option : elle est écrite, elle est vérifiable par le client, et elle règle le quartier définitivement.

Est-ce que le problème existe aussi en arabe ?

Oui, et différemment : la difficulté ne vient plus de la pluralité des graphies latines mais de la présence des noms locaux dans les corpus d’entraînement, qui est faible. Le mécanisme d’erreur est le même — un mot inconnu est remplacé par le mot connu le plus proche — et la réponse est la même : rapprocher contre vos listes plutôt qu’améliorer la transcription.

Combien de temps prend la couche de rapprochement ?

Sa construction se compte en jours ; son réglage se fait sur vos données et demande de repasser dessus après quelques semaines d’usage réel. C’est nettement moins qu’une adaptation de modèle, et cela a l’avantage de ne pas être à refaire chaque fois que votre catalogue ou votre clientèle change.

Pourquoi ne donnez-vous pas de taux d’erreur ?

Parce que nous n’avons pas de corpus audio annoté ni de comparaison entre modèles, et qu’un taux avancé sans cela décrirait autre chose que ce qu’il prétend mesurer. Le seul chiffre utile ici est le vôtre, et le test des vingt noms le produit en une demi-heure sur vos propres fichiers.

Notre catalogue doit-il changer ?

Parfois, et c’est la conclusion la moins attendue de ce sujet. Des références qui ne se distinguent que par un caractère facile à confondre à l’oral sont conçues pour l’écrit ; les faire évoluer coûte moins cher qu’un système censé les deviner, et cela profite aussi aux appels traités par des humains.

Où nous intervenons

Sur vos vingt noms, ce n’est pas le nombre d’exacts qui décide : c’est le nombre de faux qui ressemblent à des vrais, parce que personne ne les verra passer.

  • Chaque hypothèse du système est vérifiée contre vos fichiers, au seuil que vous pouvez relever ou baisser.
  • Ce qui a été entendu reste visible sous ce qui a été retenu : l’hésitation se lit d’un coup d’œil.
  • Le fournisseur passe l’épreuve des vingt noms devant vous, avant qu’un engagement soit signé.

Une réécriture silencieuse d’un patronyme ou d’un quartier ne sortira jamais de chez nous, même réclamée : elle escamote ce qu’un œil humain aurait attrapé.

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