Infrastructure IT
Le deuxième audit : ce qui a bougé, et les constats qui ne bougeront jamais
Un premier audit décrit. Le deuxième compare — et la comparaison dit sur une entreprise des choses qu’aucune description ne dit.
L’article qui accompagne celui-ci explique comment conduire un audit, de l’ouverture de l’armoire aux trois listes d’actions. Il consacre une section à une phrase qu’il n’a pas la place de dérouler : l’audit est daté, et il périme.
Cette page est le deuxième audit, douze mois plus tard. Elle repose sur une propriété que le premier ne peut pas avoir : il ne décrit plus, il compare.
La comparaison est ce qui rend l’exercice utile une deuxième fois. Elle montre ce qui a été corrigé, ce qui a changé sans que personne le décide, et — le plus instructif — les constats qui sont exactement au même endroit qu’il y a un an.
Ces derniers sont le vrai sujet de l’article. Un constat qui n’a pas bougé en douze mois ne bougera pas en vingt-quatre pour les mêmes raisons, et il y en a trois. L’une d’elles conduit à supprimer le constat plutôt qu’à le reporter.
Un audit qui n’est pas refait n’a pas eu lieu
C’est une formule un peu dure et elle décrit fidèlement ce que nous voyons chez des entreprises qui ont payé un audit sérieux.
Le document existe, il est bon, il est rangé. Trois mois plus tard, deux ou trois choses faciles ont été faites — celles qui ne demandaient l’accord de personne — et le reste attend. Douze mois plus tard, plus personne ne sait quel était le reste.
Ce n’est pas de la négligence, c’est une propriété des listes. Une liste sans échéance et sans relecture programmée est un document de référence, et un document de référence n’a jamais fait faire quoi que ce soit à personne.
La relecture datée est donc la moitié manquante de l’exercice. Elle transforme trente constats en trente questions posées à voix haute devant quelqu’un qui doit répondre, ce qui est une situation entièrement différente.
La conséquence pratique est à décider au moment du premier audit et non un an après : la date du deuxième se pose dans le calendrier le jour où le premier rapport est remis. Sinon elle ne se pose jamais.
Douze mois, et pourquoi ni six ni vingt-quatre
Six mois est trop court pour la plupart des constats de ce genre de rapport, et le deuxième audit devient alors une répétition démoralisante.
Beaucoup de corrections dépendent d’un budget annuel, d’un renouvellement de contrat, ou d’un moment creux de l’activité. Repasser au bout de six mois revient à constater que rien de structurel n’a pu se produire, ce qui est vrai et n’apprend rien.
Vingt-quatre mois est trop long pour une raison différente et plus dommageable : au-delà d’un an, le parc a assez changé pour que la comparaison cesse d’en être une. On ne compare plus deux états du même système, on décrit deux systèmes.
Douze mois tombe aussi au bon endroit administrativement : le cycle budgétaire, les renouvellements de licences et de contrats, et la fin de garantie des matériels achetés ensemble arrivent tous à cette cadence.
Une exception qui vaut d’être nommée : après un incident sérieux — une intrusion, une perte de données, un départ conflictuel — le deuxième audit se fait dans le mois et non à la date prévue. Ce qui a changé ce jour-là est précisément ce qu’il faut regarder.
Le premier décrivait, le deuxième compare
La différence de nature entre les deux exercices n’est pas cosmétique et elle change la manière de conduire la journée.
Un premier audit part de zéro : on ouvre l’armoire, on compte, on demande à quoi sert chaque chose, et le livrable est un état des lieux. Il n’y a rien à quoi le comparer, donc tout est également intéressant.
Un deuxième audit part du document précédent, ligne par ligne, et la question posée à chaque ligne est binaire avant d’être détaillée : est-ce que c’est toujours vrai ?
Cela accélère considérablement l’exercice — un deuxième audit prend une fraction du temps du premier — et cela le rend plus inconfortable, parce que chaque ligne inchangée est une question adressée à quelqu’un.
Le livrable change de forme en conséquence : ce n’est plus un état des lieux mais deux colonnes, l’an dernier et aujourd’hui, avec une troisième très courte pour ce qui est apparu entre-temps.
Ce qui a bougé sans que personne le décide
La colonne la plus instructive du deuxième audit n’est pas celle des corrections. C’est celle des changements que personne n’a décidés.
Les récurrents : deux ou trois machines ajoutées au réseau, un accès accordé à un prestataire et jamais retiré, une application installée par un service pour son propre usage, un partage de fichiers créé pour un projet terminé depuis.
Aucun de ces changements n’est fautif pris isolément. Chacun a été fait par quelqu’un de raisonnable pour une raison valable, et c’est exactement ce qui les rend invisibles : il n’y a personne à qui reprocher quoi que ce soit.
Leur effet cumulé est en revanche le principal mécanisme par lequel une infrastructure propre cesse de l’être. Un an de petites décisions locales produit un système que plus personne ne décrit correctement, et c’est la définition de ce qu’un audit vient corriger.
La question à poser sur chacun n’est donc pas « qui a fait ça » mais « est-ce qu’on le garde ». La plupart du temps la réponse est oui, avec un propriétaire nommé cette fois — et une minorité se supprime en dix minutes.
Les constats qui n’ont pas bougé, et les trois raisons
Voici le cœur de l’exercice. Un constat immobile pendant douze mois l’est pour une de trois raisons, et le remède diffère complètement selon laquelle.
La première est qu’il n’a pas de propriétaire. Il figurait dans le rapport, tout le monde était d’accord, et personne n’a été nommé — donc il appartenait à l’organisation en général, c’est-à-dire à personne. Le remède est un nom et une date, et il fonctionne presque toujours.
La deuxième est que le constat est trop gros pour la ligne qui le porte. « Refaire le câblage » ou « migrer la messagerie » ne sont pas des tâches, ce sont des projets, et ils resteront immobiles tant qu’ils seront écrits comme des tâches. Le remède est de le découper jusqu’à ce que la première étape tienne dans une demi-journée.
La troisième est la plus intéressante et la plus mal traitée : ce n’est pas une décision informatique. « Ne plus travailler avec ce prestataire », « imposer un mot de passe par personne au comptoir », « arrêter d’utiliser le téléphone personnel du gérant pour la boutique » sont des décisions de direction déguisées en constats techniques.
Un constat de cette troisième catégorie ne bougera jamais tant qu’il reste dans un rapport informatique, parce que la personne qui peut le trancher ne lit pas ce rapport. Le remède n’est pas technique : il est de le sortir de la liste et de le poser en réunion de direction, en une phrase, avec son coût et son risque.
Le constat qu’il faut supprimer plutôt que reporter
Une liste qui ne fait que grandir cesse d’être lue, et c’est le mécanisme par lequel un audit devient décoratif.
Au deuxième passage, certains constats doivent donc être retirés — non parce qu’ils sont résolus, mais parce que l’entreprise a décidé de vivre avec. C’est une décision légitime et il faut lui donner un statut plutôt que la laisser se produire par lassitude.
La forme qui rend cela honnête est une ligne dans le rapport : le constat, la raison de ne pas le traiter, et le nom de la personne qui l’assume. « Le serveur de sauvegarde est dans le même local que le serveur principal ; accepté, faute de second local ; validé par le gérant. »
Cette ligne vaut infiniment mieux qu’un report silencieux, pour trois raisons. Elle est vraie, elle est datée, et elle se rediscute le jour où la contrainte change — un déménagement, un nouveau local, une exigence d’un client.
La différence entre un risque accepté et un risque oublié est invisible dans un système et totale dans une entreprise. Le deuxième audit est l’endroit où l’on convertit les seconds en premiers.
Ce qui s’est corrigé tout seul
Chaque deuxième audit trouve deux ou trois constats résolus que personne n’a traités, et ils méritent une minute d’attention plutôt qu’une case cochée.
Les causes habituelles sont mécaniques : la machine concernée a été remplacée pour une autre raison, le logiciel s’est mis à jour de lui-même, le prestataire a changé sa configuration, la personne qui contournait la règle est partie.
Ce que cela apprend est utile pour la suite : ces constats-là n’avaient pas besoin d’un plan d’action, ils avaient besoin de temps. Les reconnaître d’avance évite de dépenser de l’attention sur ce que le renouvellement normal réglera.
Il faut cependant vérifier que la correction est réelle et non apparente. Un symptôme qui a disparu parce que la machine qui le montrait a été mise de côté n’est pas une correction, et il reviendra avec la prochaine.
Notez-les explicitement dans la colonne « résolu sans action », et non parmi les corrections effectuées. Confondre les deux fait croire à une capacité d’exécution que l’entreprise n’a pas démontrée, ce qui fausse le dimensionnement de la liste suivante.
Les points uniques de défaillance que l’année a créés
L’article compagnon consacre une section à la personne dont tout dépend. Celle-ci ne la répète pas : elle regarde uniquement celles qui n’existaient pas il y a douze mois.
Elles se créent de deux façons et jamais par décision. Quelqu’un part et ses tâches sont reprises par une seule personne au lieu d’être réparties ; ou quelqu’un prend en charge un nouvel outil, le maîtrise, et devient en six mois le seul à savoir s’en servir.
Le signe se lit dans le compte rendu du premier audit sans avoir besoin d’enquêter : cherchez les lignes où le nom du propriétaire a changé depuis l’an dernier, et regardez si le même nom apparaît maintenant sur plusieurs lignes critiques.
Le remède n’est pas de recruter, ce qui n’est pas dans les moyens de la plupart des entreprises concernées. Il est d’écrire : la procédure d’une page, faite par la personne elle-même, et vérifiée par quelqu’un d’autre qui l’exécute une fois.
C’est le même geste que celui décrit dans l’article sur le test de restauration, et pour la même raison : une compétence qui n’a jamais été exercée par un second est une compétence dont on ignore si elle est transmissible.
Comparer les inventaires : la ligne qui a disparu
Les deux inventaires se comparent mécaniquement, et trois écarts sont à chercher plutôt qu’à attendre.
Les lignes ajoutées sont les plus faciles et les moins inquiétantes : on les rattache à une décision, on leur donne un propriétaire, et elles rejoignent le registre.
Les lignes disparues sont plus intéressantes. Une machine qui figurait l’an dernier et qui n’est plus là est soit sortie du parc proprement — auquel cas il y a une trace — soit elle est quelque part sans que personne le sache, ce qui est le cas le plus fréquent et le plus gênant.
Les lignes identiques dont le contenu a changé sont les plus faciles à manquer : même machine, même propriétaire, mais elle porte maintenant une application de production alors qu’elle était un poste ordinaire. Rien ne l’indique dans une comparaison ligne à ligne, et c’est la raison de reposer la question « à quoi sert cette machine » plutôt que de cocher.
Ce travail se fait bien mieux si le premier inventaire suivait la discipline décrite dans l’article sur le parc — une ligne par objet, un numéro de série comme identité. Sans identité stable, la comparaison de deux inventaires est un exercice d’interprétation.
Le rapport de deuxième audit tient en deux colonnes
Il ne ressemble pas au premier et il doit être plus court, pas plus long. C’est le signe que l’exercice a fonctionné.
Deux colonnes principales, l’an dernier et aujourd’hui, et quatre statuts seulement : corrigé, non traité, accepté avec un nom, apparu depuis. Rien d’autre ne sert à la conversation qui suit.
Chaque ligne « non traité » porte obligatoirement laquelle des trois raisons de la section cinq, parce que c’est cette information et non le constat lui-même qui décide de la suite.
Le rapport se termine par une page de trois listes comme dans le premier audit — l’article compagnon en décrit la forme — mais elle est construite en connaissant la capacité réelle de l’entreprise, mesurée par le taux de constats traités depuis un an.
Ce taux est la seule métrique de l’exercice et elle ne se compare à aucune norme extérieure. Elle se compare à votre propre année précédente, et c’est ce qui la rend utilisable : une entreprise qui a traité six constats sur trente ne recevra pas une liste de trente le lendemain.
Quand le deuxième audit dit d’espacer
Un audit annuel n’est pas une obligation perpétuelle, et savoir quand espacer fait partie de l’honnêteté de l’exercice.
Trois conditions ensemble justifient de passer à dix-huit ou vingt-quatre mois. L’inventaire ne bouge presque plus d’une année sur l’autre. Les constats non traités sont tous des risques acceptés avec un nom. Et il existe un registre tenu en continu qui rend une partie de l’audit redondante.
La troisième est décisive et elle est le vrai objectif. Un audit sert à rattraper l’absence de tenue courante ; une entreprise qui tient son parc, ses accès et son journal de changements n’a plus besoin qu’on lui redécrive son système chaque année.
Inversement, trois signaux imposent de rester à douze mois : un changement de prestataire, une croissance rapide de l’effectif, ou une année où plus de la moitié des constats sont restés immobiles.
Le dernier signal est le plus important et le moins agréable à dire, parce que la conclusion n’est pas « auditez plus ». Une entreprise qui ne traite rien n’a pas besoin d’un troisième rapport ; elle a besoin de nommer une personne et de réduire la liste à trois lignes.
Ce que nous faisons, et ce que nous refusons
Ce que nous faisons est court, parce qu’un deuxième audit est court. Nous reprenons le rapport précédent ligne par ligne, nous établissons les quatre statuts, nous qualifions chaque ligne immobile par sa raison, et nous ressortons avec une liste dimensionnée sur ce que l’année écoulée montre de votre capacité réelle.
Nous refusons de conduire le deuxième audit si c’est nous qui avons réalisé les corrections entre les deux. C’est le même conflit que pour le test de restauration : nous noterions comme traité ce que nous avons fait nous-mêmes, et le seul chiffre qui compte — le taux de constats effectivement corrigés — serait produit par la partie qui a intérêt à ce qu’il soit bon.
Nous refusons également de réinscrire un constat une troisième fois sans qu’il ait reçu soit un propriétaire, soit une décision d’acceptation signée. Un constat qui figure dans trois rapports successifs sans nom n’est plus une recommandation, c’est une décoration, et la liste entière perd sa crédibilité à cause de lui.
Et il y a une chose à faire aujourd’hui sans nous : ressortez votre dernier rapport d’audit et comptez combien de ses constats sont traités. Si vous ne retrouvez pas le rapport, la réponse est connue, et le premier geste n’est pas d’en commander un nouveau — c’est de poser une date de relecture dans le calendrier.
Questions fréquentes
Au bout de combien de temps refaire un audit ?
Douze mois. Six est trop court — la plupart des corrections dépendent d’un budget annuel ou d’un renouvellement de contrat, et repasser plus tôt ne fait que constater qu’aucun changement structurel n’a pu se produire. Vingt-quatre est trop long : le parc a assez changé pour que la comparaison n’en soit plus une. Exception : après une intrusion, une perte de données ou un départ conflictuel, dans le mois.
En quoi le deuxième audit diffère-t-il du premier ?
Le premier décrit, le deuxième compare. On part du document précédent ligne par ligne, et la question posée à chacune est binaire : est-ce toujours vrai ? C’est beaucoup plus rapide et beaucoup plus inconfortable, parce que chaque ligne inchangée est une question adressée à quelqu’un. Le livrable n’est plus un état des lieux mais deux colonnes et quatre statuts.
Pourquoi certains constats ne bougent-ils jamais ?
Trois raisons, et le remède diffère entièrement. Pas de propriétaire — le remède est un nom et une date. Trop gros pour la ligne qui le porte : « refaire le câblage » est un projet écrit comme une tâche, découpez-le jusqu’à ce que la première étape tienne dans une demi-journée. Ou ce n’est pas une décision informatique, auquel cas elle doit sortir du rapport et être posée en réunion de direction.
Faut-il supprimer des constats d’une liste d’audit ?
Oui, quand l’entreprise a décidé de vivre avec. Une liste qui ne fait que grandir cesse d’être lue. La forme honnête est une ligne : le constat, la raison de ne pas le traiter, et le nom de qui l’assume. La différence entre un risque accepté et un risque oublié est invisible dans un système et totale dans une entreprise.
Que faire des constats résolus sans que personne n’intervienne ?
Notez-les dans une colonne « résolu sans action » plutôt que parmi les corrections effectuées. La machine a été remplacée pour une autre raison, le logiciel s’est mis à jour, la personne qui contournait la règle est partie. Les confondre avec du travail accompli fait croire à une capacité d’exécution non démontrée, et la liste suivante sera mal dimensionnée.
Peut-on espacer les audits ?
Quand trois conditions tiennent ensemble : l’inventaire ne bouge presque plus, les constats non traités sont tous des risques acceptés avec un nom, et il existe un registre tenu en continu. La troisième est le vrai objectif — un audit rattrape l’absence de tenue courante. À l’inverse, restez à douze mois après un changement de prestataire ou une année où plus de la moitié des constats n’ont pas bougé.
Où nous intervenons
Un rapport introuvable répond déjà à la question, et la réponse est désagréable. Un rapport retrouvé se compte : combien de constats ont réellement été traités.
- Nous relisons l’ancien document sans en réécrire une ligne, et nous cochons.
- Nous attribuons un nom ou une date à tout ce qui apparaît une seconde fois.
- Nous inscrivons le suivant à douze mois, dans votre agenda et non dans le nôtre.
Faire vérifier nos propres corrections par nous-mêmes n’aurait aucune valeur : demandez ce deuxième passage à quelqu’un d’autre, et nous vous dirons quoi lui demander.
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