IT & infrastructure
Informatique : ce qui arrête réellement une entreprise, et dans quel ordre le traiter
Ce pilier est acheté après l’incident, donc dans les pires conditions. Une question d’une heure remet les cinq familles dans l’ordre.
Les cinq familles de dépenses regroupées sous le mot « informatique » — l’audit, l’infrastructure, le support et le matériel, le réseau, la sécurité et la surveillance — ont un point commun qui n’a rien de technique : elles sont presque toujours achetées après l’incident plutôt qu’avant.
Un disque est mort, un ordinateur a été volé, un fichier a disparu, une caméra manquait au mauvais endroit. La décision se prend donc dans les pires conditions possibles : sous la pression du temps, sans inventaire, auprès du premier qui a décroché.
C’est la raison pour laquelle ce pilier produit plus de dépenses inutiles que les trois autres réunis. Non pas parce que le matériel est mauvais, mais parce que personne n’a eu le temps de se demander ce qui arrête réellement l’entreprise — et la réponse est presque toujours invisible.
Cet article ne vous vendra rien. Il vous donne la question qui hiérarchise les cinq familles, l’inventaire que vous pouvez faire vous-même en une après-midi, et les quatre choses que nous refusons de facturer même quand elles sont commandées.
Ce que contient ce pilier, et pourquoi il arrive trop tard
L’audit est la porte d’entrée de tout le reste, et c’est la seule ligne qui ne produit aucun objet. C’est aussi celle que l’on saute, parce qu’elle rend un document là où les autres livrent une machine que l’on peut poser sur un bureau.
L’infrastructure est l’endroit où vivent vos données : un serveur, un hébergement, un espace de stockage et ses copies. Elle est invisible, elle ne se montre pas à un visiteur, et c’est pour cette raison qu’elle est budgétée en dernier alors qu’elle décide de tout.
Le support et le matériel sont la famille la plus tangible : les postes, leur réparation, leur remplacement, leur achat. Ce sont les factures les plus faciles à signer, et leur effet sur la question de savoir si vous vous arrêtez est le plus faible des cinq.
Le réseau est la couche la moins chère du pilier : des câbles, des ports, un commutateur, une ligne, la téléphonie. C’est aussi la couche qui produit la moitié de ce qui est signalé comme « une panne de serveur », et personne ne la documente.
La sécurité et la surveillance ferment la liste, et elles portent une asymétrie qu’il faut dire tôt : ce qui arrive à une PME n’est presque jamais une attaque ciblée. C’est un portable volé, un mot de passe partagé, un compte que personne n’a fermé, un courriel qui demande de changer un numéro de compte.
La question qui tranche : qu’est-ce qui arrête l’entreprise pendant une journée
Une seule question hiérarchise correctement les cinq familles, et elle ne porte ni sur l’âge du matériel ni sur ce qui fait le plus de bruit : qu’est-ce qui, indisponible demain matin, vous empêcherait de facturer ?
Écrivez la liste. Quel fichier, quelle machine, quel accès, quelle ligne. Interdisez-vous les réponses générales du type « le système » : il faut des noms d’objets, parce que ce sont des objets que l’on protège.
La liste est presque toujours courte — trois ou quatre entrées — et elle est presque toujours invisible : un tableur qui n’existe que sur un poste, un fichier de comptabilité, une boîte de courrier, une ligne téléphonique que vos clients connaissent depuis dix ans.
Comparez ensuite cette liste avec ce que vous avez dépensé en informatique l’année dernière. L’écart entre les deux est le sujet de cet article : l’argent est allé vers ce qui se voyait, et la liste, elle, n’est pas visible.
Ce classement est gratuit, il prend une heure, et il est la seule chose qui rende les onze sections suivantes décidables. Sans lui, toute proposition semble raisonnable, y compris les nôtres.
L’inventaire que personne n’a
On ne décide rien sans savoir ce que l’on possède, et presque aucune petite entreprise ne possède cette liste. Elle n’est pas difficile à établir : elle est seulement ennuyeuse, et rien ne la rend urgente avant le jour où elle l’est.
Quatre colonnes suffisent. Quelles machines et de quelle année. Lesquelles reçoivent encore des mises à jour de sécurité. Où se trouve chaque ensemble de données important et qui en détient une copie. Qui possède un accès administrateur, y compris les personnes parties.
Cela prend une après-midi et c’est l’audit moins la facture. Ce qu’un audit ajoute est un œil qui sait quoi chercher ; ce qu’il ne peut pas ajouter, c’est la liste elle-même, parce que vous êtes les seuls à savoir quel fichier compte.
Le résultat le plus fréquent est le même partout : quelqu’un qui est parti a encore un accès, et une machine que tout le monde croit sauvegardée ne l’est pas. Ces deux découvertes coûtent zéro dinar et déplacent l’ordre des dépenses.
La conséquence pratique : faites l’inventaire avant de demander un devis. Un prestataire qui le reçoit chiffre votre problème réel ; un prestataire qui ne reçoit aucune liste chiffre son catalogue, et il n’a pas tort de le faire.
Le matériel n’est pas la dépense, l’arrêt l’est
Une machine coûte ce qu’elle coûte, une fois. Un arrêt coûte la journée des personnes qui ne peuvent pas travailler, plus ce qui n’a pas été vendu, et il se répète tant que la cause reste en place.
Le calcul se fait une fois : le nombre de personnes empêchées multiplié par le coût d’une de leurs journées, plus une journée de chiffre d’affaires moyen. Ce seul nombre décide de tout le reste de ce pilier, et presque personne ne l’a écrit.
Et ce nombre a changé, ce que personne ne met à jour. Sur un an, le nombre de commerçants en ligne a progressé de 26 %, les transactions par carte sur internet de 38 %, et le montant payé en ligne de 179 %, quand le parc de cartes n’augmentait que de 9 %.
La lecture utile pour vous est celle-ci : quand une entreprise peut être payée sans que personne ne se déplace, une journée d’arrêt cesse de coûter des heures inoccupées et se met à coûter du chiffre d’affaires directement. Le prix d’un arrêt a donc augmenté sans que le matériel change.
Refaites ce calcul chaque année si vos canaux de vente ont bougé. Un coût d’arrêt estimé en 2022 est une mauvaise raison de refuser une sauvegarde en 2026, et c’est pourtant la raison que nous entendons le plus souvent.
GIE Monétique, bilan de l’année 2025
Réparer ou remplacer : la règle qui évite les deux erreurs
Il y a deux erreurs symétriques et elles coûtent autant l’une que l’autre : remplacer ce qui fonctionne, et réparer ce qui aurait dû sortir du parc il y a deux ans.
Deux règles tranchent la plupart des cas. La première est arithmétique : si la pièce coûte plus du tiers d’un remplacement, remplacez. En dessous, réparez, et la réparation est bien plus souvent la bonne réponse qu’un vendeur ne le dit.
La seconde ne se négocie pas : une machine qui ne reçoit plus de mises à jour de sécurité n’est pas une machine qui fonctionne. C’est une machine qui fonctionne avec une porte ouverte en permanence, et aucun antivirus ne referme cette porte.
Entre les deux, il y a le cas le plus fréquent et le plus mal traité : la machine lente. Une machine lente parce que son disque est plein, ou parce qu’elle porte dix ans d’installations, n’est pas une machine à remplacer — c’est une après-midi de travail.
Ce que nous refusons ici est simple : remplacer du matériel qui fonctionne. C’est la facture la plus facile de ce pilier, c’est celle qui se défend le moins, et c’est celle qui laisse intact le problème pour lequel on nous a appelés.
Vous dépendez d’une connexion que vous ne contrôlez pas
Tout le reste de ce pilier suppose une ligne qui fonctionne, et cette ligne appartient à quelqu’un d’autre. C’est la dépendance la moins discutée et celle sur laquelle vous avez le moins de prise.
L’observatoire du marché de l’internet de l’ARPCE recense pour le deuxième trimestre 2025 quelque 59,10 millions d’abonnements internet en Algérie, dont 88,71 % de mobiles et 11,29 % de fixes.
La lecture habituelle de ce chiffre est commerciale. Pour une entreprise, il dit autre chose : la connectivité disponible en réserve dans ce pays est dans un téléphone. Votre solution de secours est donc un téléphone, que vous l’ayez prévu ou non.
Décidez maintenant lesquelles de vos fonctions doivent survivre sur une connexion mobile — le plus souvent prendre une commande, facturer, et une boîte de courrier — et vérifiez qu’elles y survivent, un jour que vous choisissez plutôt qu’un jour choisi pour vous.
Le corollaire est celui qu’on oublie : si une fonction exige la ligne du bureau pour exister, elle exige un plan écrit pour les jours où cette ligne n’existe pas. « On verra » est un plan, et son prix est une journée.
- Abonnements mobiles88.71%
- Abonnements fixes11.29%
ARPCE, observatoire du marché de l’internet, 2e trimestre 2025
La moitié des « pannes de serveur » sont des pannes de câble
Le réseau est la couche la moins chère de ce pilier et celle qui produit le plus d’erreurs de diagnostic. Un poste qui n’atteint plus le serveur est signalé comme une panne de serveur, et il l’est rarement.
Ce que coûte un diagnostic quand rien n’est étiqueté est mesurable : une heure passée à débrancher des câbles pour voir ce qui tombe, pendant laquelle d’autres choses tombent aussi. Cette heure se paie à chaque incident, pas une seule fois.
Trois choses gratuites la suppriment. Étiquetez les deux extrémités de chaque câble. Photographiez la baie. Dessinez une page qui montre ce qui est relié à quoi. Une après-midi une fois, et l’heure disparaît de tous les incidents suivants.
La limite honnête de cette section : la différence entre du matériel professionnel et du matériel grand public est un autre sujet, avec son propre article, et nous ne la rouvrons pas ici. Elle se pose après le schéma, pas avant.
La vérification qui ne coûte rien : demandez à celui qui maintient votre réseau de vous montrer le schéma. S’il n’existe pas, c’est le premier livrable à commander, avant tout équipement — et il coûte moins qu’un seul commutateur.
Le cloud n’est pas moins cher, il est différemment cher
Le cloud n’est pas une économie, c’est une autre forme de dépense : un achat devient un abonnement, moins au départ, plus chaque mois, et une facture qui suit votre croissance au lieu de suivre votre budget.
Deux questions le décident, et aucune des deux ne porte sur le prix. La première : que se passe-t-il quand la connexion tombe ? Certaines fonctions supportent une heure sans rien ; d’autres arrêtent l’entreprise, et vous connaissez déjà lesquelles grâce à la liste de la section 2.
La seconde : pouvez-vous récupérer vos données, dans un format lisible, sans le service qui les a produites ? Demandez une exportation avant de signer et non au moment de partir, parce que la réponse à cette demande est le seul essai réel.
Ce que nous refusons : une migration dont le chemin de sortie n’a jamais été essayé. Un service que vous ne pouvez pas quitter fixe son prix comme il veut le jour où vous ne pouvez plus le quitter, et ce jour arrive toujours au mauvais moment.
La réponse mixte est presque toujours la bonne et elle est rarement proposée : une partie hébergée, une partie locale, et la frontière tracée par la première question plutôt que par la mode du moment ou par le modèle économique du prestataire.
La sécurité : ce qui arrive vraiment aux petites entreprises
Ce qui arrive n’est presque jamais une attaque ciblée. C’est un portable volé dans une voiture, un mot de passe utilisé sur cinq services, le compte d’un ancien employé resté ouvert, et un courriel très poli qui demande de modifier les coordonnées bancaires d’un fournisseur.
Les trois parades les moins chères ne coûtent rien : un mot de passe distinct par service, une seconde vérification sur la boîte de courrier, et la fermeture des comptes le jour du départ plutôt que le mois suivant. Aucun produit ne remplace ces trois-là.
La quatrième est une habitude et non un achat : tout changement de coordonnées de paiement se confirme par un appel à un numéro que vous aviez déjà, jamais au numéro indiqué dans le message. Cette seule règle évite la perte la plus lourde de la liste.
Nous ne citerons aucun chiffre d’incidents pour l’Algérie : nous n’en connaissons aucune série datée et vérifiable, et les statistiques internationales décrivent d’autres populations. Ce que nous pouvons dire est ce que nous voyons, et nous le présentons comme tel.
Enfin, la vérification qui passe devant tous les produits : votre sauvegarde a-t-elle déjà été restaurée devant vous ? L’article consacré à la sauvegarde explique comment la construire ; ici c’est une question d’achat, et une restauration jamais essayée n’est pas une sauvegarde, c’est un espoir avec un abonnement.
La vidéosurveillance résout un problème précis, et un seul
Une caméra répond à la question « que s’est-il passé », après que cela s’est passé. C’est un vrai service, il vaut son prix dans plusieurs métiers, et c’est le seul qu’une caméra rende.
Elle n’empêche rien de ce qui figure dans la liste ci-dessus. Aucune caméra n’arrête un mot de passe partagé, un courriel frauduleux ou l’accès resté ouvert d’une personne partie, et ce sont ces trois-là qui coûtent le plus cher.
Elle ne vient donc pas en premier. Une entreprise équipée de caméras et sans restauration testée a protégé ce qui se voit et laissé sa facturation exposée : c’est la configuration que nous rencontrons le plus souvent, et elle est le résumé de tout cet article.
Il y a par ailleurs des obligations attachées au fait de filmer des employés et des clients : informer les personnes, la durée de conservation des enregistrements, qui peut les consulter. Renseignez-vous sur ce qui s’applique à votre cas avant l’installation, pas après un incident.
Et le même piège que pour les sauvegardes : un enregistrement que personne n’a jamais essayé de retrouver n’est pas un enregistrement. Demandez aujourd’hui à voir les images d’il y a trois semaines, et vous saurez ce que vous avez réellement acheté.
Ce qu’il faut vérifier avant de signer
La première vérification porte sur les comptes : qui détient les accès administrateurs et les licences ? À votre nom, avec une adresse électronique de l’entreprise, sinon vous louez vos propres systèmes sans le savoir, et le loyer augmente quand vous voulez partir.
La deuxième porte sur le délai d’intervention, écrit, et sur ce qui déclenche le décompte : l’appel, le ticket, ou le moment où quelqu’un le lit. Sans cette précision, « intervention rapide » est une décoration sur un devis.
La troisième est une démonstration et non une promesse : une restauration faite devant vous, sur des données réelles, avant la signature. Une capture d’écran avec une coche verte n’est pas une restauration, c’est une capture d’écran.
La quatrième porte sur la fin du contrat : que devient l’accès à vos données, sous quel format, et combien de temps avez-vous pour les récupérer. Cette question se pose au début parce qu’elle ne se négocie plus à la fin.
La cinquième est un test, et dans ce pilier sa réponse est particulièrement révélatrice : demandez ce qu’il refuserait de vous vendre. Un prestataire qui vend des caméras à une entreprise sans sauvegarde testée vous vendra n’importe quoi, dans n’importe quel ordre.
Ce que nous faisons, et ce que nous refuserons de faire
Ce que nous refuserons : vendre des caméras ou un pare-feu à une entreprise dont la sauvegarde n’a jamais été restaurée. L’ordre compte davantage que le produit, et le refus se dit avant le devis, quand il coûte encore quelque chose de le dire.
Nous refuserons de remplacer du matériel qui fonctionne, et de conduire une migration vers un hébergement dont la sortie n’a pas été essayée. Ces deux lignes sont les plus rémunératrices de notre catalogue, et c’est exactement pourquoi elles figurent ici.
Nous refuserons un contrat de support sans délai d’intervention écrit et sans essai de restauration. Un abonnement qui ne promet rien de vérifiable est un abonnement à une promesse, et nous préférons ne pas l’encaisser.
Ce que nous faisons : la liste de ce qui arrête l’entreprise et l’inventaire établis avant toute proposition ; les comptes et les licences à votre nom ; une restauration réalisée devant vous ; et la couche la moins chère vérifiée avant la plus chère, même quand cela réduit la facture.
Et ce que vous devriez faire sans nous cette semaine : l’inventaire en quatre colonnes, qui prend une après-midi, et le coût d’une journée d’arrêt, qui prend dix minutes. Ces deux chiffres décideront de la conversation mieux qu’un audit, et ils vous appartiennent.
Questions fréquentes
Par où commencer quand tout paraît urgent ?
Par la liste de ce qui vous empêcherait de facturer demain matin, avec des noms d’objets plutôt que des généralités. Elle prend une heure, elle est presque toujours courte, et elle met les cinq familles de dépenses dans l’ordre à votre place.
Faut-il payer un audit ?
Faites d’abord l’inventaire vous-même : machines et âge, mises à jour, où sont les données et qui en a une copie, qui détient un accès administrateur. Un audit ajoute un œil qui sait quoi chercher, il ne peut pas ajouter cette liste.
Cloud ou serveur local ?
Deux questions décident, et aucune ne porte sur le prix : que se passe-t-il quand la connexion tombe, et pouvez-vous exporter vos données sans le service qui les héberge. La réponse mixte est souvent la bonne et rarement proposée.
Faut-il remplacer un ordinateur devenu lent ?
Pas s’il est lent parce que son disque est plein ou parce qu’il porte dix ans d’installations : c’est une après-midi de travail. Remplacez si la pièce coûte plus du tiers d’un neuf, ou s’il ne reçoit plus de mises à jour de sécurité.
Les caméras sont-elles une dépense de sécurité ?
Elles répondent à « que s’est-il passé », après coup, et c’est utile. Elles n’empêchent ni un mot de passe partagé, ni un courriel frauduleux, ni l’accès d’une personne partie — donc elles ne viennent pas avant une restauration testée.
Comment vérifier une sauvegarde ?
En demandant une restauration devant vous, sur des données réelles, avant de signer. Une coche verte dans une interface indique qu’une copie a été écrite, pas qu’elle peut être relue : ce sont deux affirmations différentes.
Où nous intervenons
Deux listes écrites en une après-midi — ce qui vous empêcherait de facturer demain, et ce que vaut une journée à l’arrêt — valent mieux que trois devis reçus sans elles.
- Nous rangeons les cinq familles par ce qu’une panne vous coûte en dinars et en heures.
- Nous nommons ce qui peut attendre un an sans risque, et il y en a toujours.
- Nous refusons d’ajouter du matériel avant qu’un fichier ait été récupéré devant nous.
Tant que vous ne savez pas remettre la main sur un fichier effacé le mois dernier, ne nous achetez rien d’autre : le reste protège une chose que vous perdriez quand même.
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