Intelligence artificielle
IA en logistique : la liste des colis anormaux, avant que le client appelle
Un réseau apprend ses incidents par téléphone. Le colis en difficulté est celui qui n’a produit aucun événement, et c’est celui qu’un suivi ne voit pas.
Un transporteur à Rouiba, mardi matin. Le service client prend le quatrième appel de la journée sur le même sujet : un colis annoncé pour hier, qui n’est pas arrivé et dont le suivi n’a rien dit. Il est en agence depuis avant-hier, personne ne l’a chargé, et rien dans le système ne l’a signalé.
C’est la situation normale de ce métier, et elle n’est pas un défaut d’outil de suivi : c’est une conséquence de sa conception. Un suivi affiche des événements, et un colis en difficulté est précisément celui qui n’en produit plus. Ce qu’un système d’intelligence artificielle peut apporter ici est la liste des silences, chaque matin.
Cet article décrit comment on produit cette liste, à qui elle s’adresse, et ce qu’il ne faut surtout pas en faire. Il ne reprend pas ce que le destinataire veut vraiment savoir, ni la construction d’une tournée, qui sont traités ailleurs.
Le colis qui ne bouge plus depuis trente heures
Prenez la définition la plus grossière possible et regardez ce qu’elle donne chez vous : tout colis dont le dernier événement date de plus de trente heures ouvrées et qui n’est pas livré. Sur la plupart des réseaux, cette seule requête sort entre deux et cinq pour cent des colis en cours.
Ce chiffre n’a pas besoin d’être exact pour être utile. Ce qu’il vous dit est l’ordre de grandeur du travail : si votre liste quotidienne fait dix lignes, une personne la traite avant midi ; si elle en fait trois cents, votre problème n’est pas la détection, c’est le flux lui-même, et aucune liste n’y changera rien.
La plupart des transporteurs n’ont jamais fait cette requête, non par négligence mais parce que le système est conçu pour répondre à « où est ce colis » et non à « quels colis sont muets ». La première question part d’un numéro ; la seconde part de rien, et il faut la poser explicitement.
Avant tout projet, faites-la poser une fois par quelqu’un qui a accès à la base, sur les colis d’une semaine ordinaire plutôt que sur un mois de pointe. C’est une heure de travail, et elle vous dit si le sujet mérite la suite de cet article.
Ce qu’« anormal » veut dire dans votre réseau
Le seuil de trente heures est un point de départ, pas une règle. Un envoi Alger-Oran par route et un envoi vers une commune éloignée du Sud n’ont pas la même normalité, et un système qui applique le même seuil aux deux produira des alertes idiotes sur l’un et du silence sur l’autre.
La définition utile se construit par axe et par étape, et elle s’écrit à partir de ce que vos données montrent déjà : pour chaque couple d’agences, le temps que met habituellement un colis. Ce n’est pas une prédiction, c’est une statistique descriptive sur votre propre historique, et elle est à la portée d’un tableur.
Trois états méritent d’être distingués, parce qu’ils appellent trois gestes différents. Le colis en retard mais en mouvement, qui ne demande rien. Le colis immobile depuis plus longtemps que la normale de son étape, qui demande un regard. Et le colis qui a produit un événement d’échec — adresse introuvable, destinataire absent — qui demande une décision, et que la tournée traite déjà.
Écrire ces trois définitions est la moitié du travail de ce sujet, et c’est la moitié que personne ne peut faire à votre place. Un prestataire qui arrive avec des seuils déjà écrits décrit un autre réseau que le vôtre.
Les signaux que vous avez déjà, sans rien installer
Un réseau, même peu informatisé, produit quatre familles de traces exploitables. Les scans d’étape, qui sont les plus fiables. Les statuts saisis par les agences, plus lâches mais riches. Les retours de tournée, souvent notés à la main. Et les appels entrants du service client, qui sont une trace de problème, avec un décalage.
La quatrième famille est celle qu’on n’exploite jamais et elle est instructive : la répartition des appels entrants par axe et par agence dessine la carte des difficultés du réseau, sans capteur ni modèle. Trois semaines d’appels classés grossièrement en disent plus long qu’un projet de six mois.
Ce qui manque presque toujours n’est pas la donnée mais son horodatage. Un statut saisi le soir pour la journée entière rend impossible tout calcul de durée d’étape ; la correction n’est pas technique, elle est organisationnelle, et elle coûte une consigne plutôt qu’un logiciel.
Le travail préparatoire tient donc en une phrase : vérifier que chaque événement porte l’heure où il a eu lieu et non l’heure où il a été saisi. Sans cela, tout ce qui suit repose sur du sable.
L’absence d’événement est le signal le plus fort
C’est le point central de cet article. Tous les outils de suivi réagissent à ce qui arrive : un scan, un statut, une livraison. Le colis en difficulté est celui qui ne produit plus rien, et un système événementiel ne peut pas réagir à un non-événement — il faut aller le chercher.
Concrètement, cela veut dire une requête quotidienne qui parcourt les colis ouverts et calcule, pour chacun, le temps écoulé depuis le dernier signe de vie, comparé à la normale de son étape. Ce n’est pas de l’intelligence artificielle, c’est une soustraction, et c’est ce qui produit quatre cinquièmes du bénéfice.
Le second signal d’absence, plus subtil, est le colis qui a sauté une étape : arrivé à destination sans avoir été enregistré au départ, ou livré sans scan de tournée. Il ne pose pas de problème au client, il pose un problème à vos données, et c’est lui qui rendra vos statistiques d’axe fausses dans six mois.
Retenez la formulation, elle est transférable au-delà de la logistique : un système qui n’écoute que les événements est aveugle exactement là où l’incident se produit.
Ce qu’un modèle ajoute, et ce qu’une règle suffit à faire
Il faut être honnête sur la part réelle de l’apprentissage automatique dans ce sujet, parce qu’elle est plus petite qu’on ne vous le dira. Les seuils par axe, la détection d’immobilité et le repérage des étapes sautées sont des règles ; elles se calculent, s’expliquent et se corrigent, et elles n’exigent aucun modèle.
Ce qu’un modèle apporte vraiment est le classement des cas restants par probabilité d’échec, à partir de combinaisons que personne n’écrirait à la main : ce couple d’agences, ce jour de la semaine, cette taille de colis, ce type de destinataire. C’est utile quand la liste quotidienne est trop longue pour être traitée en entier, et seulement dans ce cas.
La conséquence pratique est un ordre de travaux qui économise beaucoup d’argent : construire les règles d’abord, mesurer combien de lignes elles produisent, et n’envisager un modèle que si le volume l’exige. Beaucoup de réseaux découvrent que les règles suffisent.
Et si vous en arrivez au modèle, exigez qu’il affiche pourquoi une ligne est classée haut. Une liste ordonnée sans justification est ingérable pour la personne qui doit la traiter : elle ne peut ni la contester, ni apprendre de ses erreurs.
La liste s’adresse à une personne, pas à un tableau de bord
Une liste d’anomalies qui s’affiche sur un écran de direction ne produit aucun effet. Elle doit être adressée : un nom, une heure, et un état à mettre à jour en un geste — vu, relancé, résolu.
Le bon destinataire n’est presque jamais le service client, dont le travail est de répondre à ce qui arrive. C’est le chef d’agence ou le responsable d’exploitation, qui peut faire bouger un colis. Adresser la liste au service client transforme une capacité d’action en un stock d’informations anxiogènes.
La taille compte plus que la précision. Une liste de dix lignes traitée intégralement chaque matin vaut mieux qu’une liste de cent lignes parfaitement détectées et jamais ouverte ; s’il faut choisir, resserrez les seuils jusqu’à obtenir un volume qu’une personne traite en trente minutes.
Cette contrainte doit être écrite dans le cahier des charges, sinon l’outil livrera tout ce qu’il sait détecter. La bonne demande n’est pas « détectez toutes les anomalies », c’est « donnez-moi les vingt qui comptent aujourd’hui ».
Ce que le système ne dit pas au destinataire
La tentation immédiate, une fois la liste produite, est de prévenir automatiquement les destinataires concernés. C’est le moment de s’arrêter : une notification de retard envoyée avant que le réseau ait décidé quoi faire produit un appel entrant, pas un client rassuré.
La règle qui tient est séquentielle. La liste part au responsable, il décide — relance, réacheminement, appel du destinataire, ou rien parce que le colis part ce soir —, et l’information ne sort du réseau qu’une fois qu’il y a quelque chose à dire. Prévenir sans nouvelle exploitable est un aveu, pas un service.
Il y a une exception nette et elle est commerciale : le rendez-vous manqué. Si un destinataire attend une livraison à une heure annoncée et qu’elle ne se fera pas, l’information doit partir immédiatement, parce qu’elle libère son temps. La différence avec le cas précédent est qu’ici l’absence d’information a un coût pour lui, pas seulement pour vous.
Le système peut donc écrire au destinataire dans un seul cas : celui où un engagement précis ne sera pas tenu. Partout ailleurs, il écrit à une personne de votre réseau.
Prévenir avant qu’on demande : service ou aveu
Beaucoup de réseaux hésitent à signaler un problème avant que le client le remarque, et l’hésitation est fondée : une partie des colis en retard arrivent quand même à temps, et prévenir aurait créé une inquiétude inutile.
La ligne de partage n’est pas le retard, c’est l’irréversibilité. Un colis en retard qui repartira ce soir n’a pas besoin d’être annoncé. Un colis dont on sait qu’il ne partira pas aujourd’hui, ou qui doit être réacheminé, ou dont l’adresse est fausse, appartient au client : lui cacher l’information ne fait que déplacer l’appel de deux jours.
Il y a un troisième cas, propre au commerce en ligne, et il vaut d’être nommé : le donneur d’ordre. Quand vous livrez pour un marchand, l’information appartient d’abord à ce marchand, qui décide ce qu’il dit à son client. Un transporteur qui écrit directement au destinataire court-circuite une relation commerciale qui n’est pas la sienne.
Écrivez donc trois règles plutôt qu’une, une par destinataire : ce qui part au responsable interne, ce qui part au donneur d’ordre, ce qui part au destinataire final. Elles ne sont pas les mêmes, et un outil qui n’en prévoit qu’une les confondra.
Le paiement à la livraison change la nature de l’anomalie
Un colis immobile qui porte un encaissement n’est pas seulement un colis en retard : c’est de l’argent qui n’est pas encore de l’argent, et il vieillit dans un état où personne n’en est comptable.
La conséquence est que la liste doit distinguer ces colis et les faire remonter plus vite, avec un seuil plus court. Ce n’est pas une question de service au client, c’est une question de trésorerie et de risque : un colis en souffrance avec encaissement est un litige potentiel entre vous, le marchand et le destinataire.
La deuxième conséquence porte sur le retour. Un colis refusé qui revient avec son encaissement annulé doit produire un événement identifiable, parce que c’est celui-là qui devra être rapproché du versement au marchand — et c’est le rapprochement le plus fréquemment litigieux de ce métier.
Le système n’a pas à décider quoi que ce soit ici. Il doit rendre ces cas visibles séparément, et laisser la décision à quelqu’un qui connaît la relation commerciale.
Les fausses anomalies, et le coût de crier au loup
Une liste qui contient trop de cas normaux se fait ignorer en deux semaines, et le mécanisme est le même partout : la personne qui la traite apprend que la moitié des lignes ne demandent rien, elle survole, puis elle cesse d’ouvrir.
Les fausses anomalies ont trois sources récurrentes, et toutes se corrigent sans modèle. Les jours non ouvrés comptés comme des heures d’immobilité — un colis n’est pas en difficulté parce qu’on est vendredi. Les axes à faible volume, où la « normale » est calculée sur trop peu de cas. Et les étapes où le scan n’existe pas dans votre réseau, qui produisent un silence structurel plutôt qu’un incident.
La méthode de correction est ennuyeuse et efficace : chaque matin, la personne qui traite la liste marque les lignes qui ne demandaient rien, et une fois par semaine ces marques servent à resserrer les seuils. En un mois, une liste devient utilisable ; sans cette boucle, elle se dégrade.
C’est aussi le seul endroit de ce sujet où le retour humain est indispensable. Un système qui ne reçoit jamais l’information « celle-ci était normale » n’a aucun moyen de s’améliorer, quel que soit le modèle sous-jacent.
Le contrôle : cinquante colis, deux colonnes
Prenez les cinquante derniers colis qui ont donné lieu à une réclamation et remplissez deux colonnes : la date du dernier événement enregistré avant la réclamation, et la date de la réclamation elle-même.
L’écart médian entre les deux est votre indicateur, et il est brutal. S’il est de quelques heures, votre réseau apprend ses incidents presque en même temps que ses clients, et une liste quotidienne vous fera gagner peu. S’il est de deux ou trois jours, l’information existait dans votre système bien avant l’appel, et personne n’est allé la chercher.
Ajoutez une lecture qui coûte dix minutes : comptez, parmi ces cinquante, combien avaient produit un événement d’échec explicite et combien étaient simplement silencieux. La proportion de silencieux est la part que seul un calcul d’absence peut détecter, et c’est le vrai périmètre du projet.
Cette feuille est aussi ce que vous montrez à un prestataire. Elle remplace une conversation sur la détection d’anomalies par une conversation sur cinquante réclamations réelles, et elle rend deux propositions comparables.
Ce que nous faisons, et ce que nous refusons
Nous écrivons avec vous les normales par axe et par étape à partir de votre historique, nous produisons la liste quotidienne des silences, nous l’adressons nominativement avec ses trois états, et nous branchons la boucle de retour qui resserre les seuils. Nous vérifions d’abord que vos événements portent l’heure où ils ont eu lieu, parce que rien ne tient sans cela.
Nous refusons d’écrire au destinataire final à la place de votre donneur d’ordre, et de notifier un retard avant qu’une décision ait été prise. Nous refusons aussi de livrer une liste sans limite de taille : au-delà de ce qu’une personne traite en trente minutes, la liste ne sert plus à rien et il faut resserrer plutôt que produire.
Nous n’annonçons aucun taux de détection. Il dépend entièrement de la densité de vos scans, et un chiffre donné avant d’avoir vu vos données décrirait un autre réseau. Ce que nous mesurons devant vous, c’est l’écart de la section 11 avant et après.
Ce que vous pouvez faire sans nous est la première requête et elle coûte une heure : les colis ouverts dont le dernier événement dépasse trente heures ouvrées. Beaucoup de réseaux découvrent là que leur liste tient en dix lignes, et que le reste se joue dans la tournée.
Questions fréquentes
Faut-il changer notre système de suivi ?
Presque jamais. La liste des silences se calcule à côté, en lisant les mêmes événements, et elle n’a pas besoin d’écrire dans votre système. Changer d’outil de suivi est un projet distinct, et le faire pour obtenir une liste quotidienne serait payer très cher une requête.
Nos agences saisissent les statuts en fin de journée. Est-ce bloquant ?
C’est la difficulté principale, et elle est organisationnelle. Tant qu’un statut porte l’heure de saisie et non l’heure de l’événement, les durées d’étape sont fausses et les seuils avec elles. La correction est une consigne et un peu d’habitude, pas un logiciel.
Peut-on prédire les retards à l’avance ?
Partiellement, et c’est rarement ce dont vous avez besoin. Une prédiction sans action est du bruit ; la question utile est de savoir ce qui est déjà en difficulté maintenant, ce qui se calcule exactement plutôt que de s’estimer. Commencez par le présent.
Qui doit recevoir la liste dans une petite structure ?
La personne qui peut faire bouger un colis, quel que soit son titre. Dans une agence de quinze personnes, c’est souvent le responsable d’exploitation ; l’erreur fréquente est de l’envoyer au service client, qui la lira sans pouvoir agir.
Et pour les colis livrés par un partenaire sur le dernier kilomètre ?
Le silence commence souvent exactement là, parce que le partenaire scanne dans son propre système. C’est un point à traiter dans le contrat plutôt que dans l’outil : ce que vous ne recevez pas, vous ne pouvez pas surveiller, et un partenaire qui refuse de transmettre ses événements vous rend aveugle sur la partie la plus sensible du trajet.
Combien de temps avant que la liste soit fiable ?
Environ un mois, à condition que la boucle de retour existe. Les premières semaines produisent beaucoup de faux positifs ; ils se corrigent en marquant les lignes qui ne demandaient rien. Sans ce marquage, la liste reste au niveau du premier jour indéfiniment.
Où nous intervenons
Quand le délai entre la dernière trace et l’appel se compte en jours, le renseignement dormait chez vous et personne n’est allé le chercher.
- Premier passage sur l’horodatage : tant qu’une saisie du soir remplace l’heure réelle, toute durée d’étape est fantaisiste.
- Vos historiques donnent la normale de chaque axe, relue avec vous ligne par ligne avant d’être appliquée.
- Le tirage du matin porte un nom, trois états, et un plafond de volume tenu à ce qui se traite avant midi.
Jamais nous n’adresserons une alerte à l’acheteur d’un marchand : cette conversation lui appartient, et la lui prendre coûte plus cher qu’un colis en retard.
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