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Application mobile : son poids et ses demandes décident plus que ses fonctions
Ce qui fait abandonner une application se joue avant la première fonction : le téléchargement, l’inscription, les permissions.
Cet article s’adresse à quelqu’un qui a déjà tranché la question précédente : une application est bien la bonne réponse, l’usage est répété, les gens vous connaissent. Il ne recommencera donc pas le débat.
Il traite ce qui vient ensuite et qui décide en réalité du sort du projet. Une application n’est presque jamais abandonnée pour ce qu’elle fait mal ; elle est abandonnée avant, pendant les deux minutes qui séparent la décision de télécharger de la première utilisation réelle.
Ces deux minutes contiennent trois obstacles que le développement traite comme des détails techniques et que l’utilisateur vit comme des questions : combien cela va me coûter en données, pourquoi dois-je créer un compte, et pourquoi demandez-vous cela.
Trois décisions, prises dans les premières semaines d’un projet, et à peu près impossibles à défaire ensuite. C’est le sujet de cet article, et c’est pour cela qu’il parle si peu de fonctionnalités.
Le premier lancement décide de tout le reste
La séquence complète d’une première utilisation compte plus d’étapes que la plupart des équipes ne l’imaginent : voir une mention, chercher dans le magasin, choisir entre plusieurs résultats, lire une fiche, décider, télécharger, attendre, ouvrir, comprendre, agir.
Chacune de ces dix étapes perd des gens, et les pertes se multiplient plutôt qu’elles ne s’additionnent. C’est pourquoi l’effort investi dans la dixième — la fonctionnalité — a si peu d’effet quand les trois premières n’ont pas été travaillées.
Le moment le plus fragile est le tout premier écran après l’installation. L’utilisateur vient de dépenser du temps et des données, il n’a encore rien obtenu, et c’est précisément là que la plupart des applications lui demandent quelque chose.
La règle qui en découle est simple et rarement appliquée : la première chose que voit quelqu’un doit être une chose qui lui sert, pas une chose que vous lui demandez. Un catalogue, un horaire, un solde, un suivi — n’importe quoi qui prouve que l’installation valait la peine.
Tout ce que vous devez demander peut attendre le moment où l’utilisateur en a besoin. C’est une réorganisation de séquence, pas une réduction de fonctionnalités, et c’est la modification la plus rentable de tout ce métier.
Le poids : ce que votre application coûte à télécharger
Dans un marché où la connexion est majoritairement mobile et où les données se paient au volume, la taille d’un téléchargement n’est pas une métrique technique. C’est un prix, et l’utilisateur le calcule.
Une application lourde est refusée deux fois : au moment du téléchargement, par quelqu’un qui vérifie ce qu’il lui reste ; et à la première mise à jour, par quelqu’un qui découvre que ce coût se répète.
Le poids vient rarement du code. Il vient des images embarquées à trois résolutions, des polices complètes qu’on n’utilise qu’à moitié, des bibliothèques ajoutées pour une seule fonction, et des ressources qu’on a oublié de retirer.
La discipline utile est de fixer un plafond au début du projet et de le traiter comme une contrainte de conception plutôt que comme un objectif d’optimisation finale. Un plafond posé après coup n’est jamais tenu ; posé avant, il oriente des dizaines de décisions.
Une conséquence à assumer : cela veut dire refuser certaines choses. Une animation d’ouverture, une bibliothèque de composants complète, un moteur de rendu pour une seule page. Ces refus coûtent moins que les installations qu’ils préservent, et ils sont beaucoup plus faciles à assumer avant d’avoir été construits qu’après.
L’inscription obligatoire est la porte la plus fermée
Demander la création d’un compte avant toute utilisation est la décision qui coûte le plus d’utilisateurs, et elle est presque toujours prise pour de bonnes raisons internes.
Elle se défend par le besoin de connaître ses utilisateurs, de synchroniser, de sécuriser. Toutes ces raisons sont réelles et aucune ne justifie de placer la demande au premier écran, avant que la personne ait vu ce qu’elle obtient.
La question à se poser fonction par fonction est : est-ce que celle-ci a besoin de savoir qui est cette personne ? Consulter un catalogue, un horaire, une carte, une disponibilité : non. Passer une commande, voir un historique, recevoir quelque chose : oui.
La bonne architecture est donc en deux temps, et elle demande un peu plus de travail : tout ce qui se consulte est ouvert, et le compte est demandé au moment exact où il devient nécessaire, avec la raison affichée à côté de la demande.
Un cas particulier fréquent en Algérie mérite d’être nommé : l’inscription par numéro de téléphone avec code de vérification. Elle est plus légère qu’un mot de passe et elle a un coût réel — un message qui n’arrive pas est un utilisateur perdu sans recours. Prévoyez toujours une seconde tentative et un autre canal. C’est trois jours de développement et cela récupère des gens qui, autrement, n’avaient aucun moyen de vous le signaler.
Les permissions : ce que vous demandez et quand
Une demande de permission est une question posée à quelqu’un qui ne vous connaît pas encore, et la réponse par défaut à une question de ce genre est non.
L’erreur classique est de demander tout au démarrage : position, contacts, appareil photo, notifications, stockage. Présentées en série, ces demandes ressemblent à une fouille, et elles produisent des refus qui sont ensuite très difficiles à obtenir de nouveau.
La règle est la même que pour le compte : demander au moment de l’usage, avec la raison visible. « Pour vous montrer les agences les plus proches » obtient un accord que la même demande posée à l’ouverture n’obtient pas.
Il faut aussi prévoir le refus comme un chemin normal et non comme une erreur. Une application qui cesse de fonctionner parce que la position a été refusée traite une réponse légitime comme une panne, et elle sera désinstallée.
Enfin, ne demandez pas ce dont vous n’avez pas besoin. Chaque permission superflue est un risque juridique, une raison de méfiance et une ligne de plus sur la fiche du magasin, qui affiche publiquement ce que vous collectez.
Le hors-connexion n’est pas une option ici
Une application se juge dans les endroits où le réseau est mauvais, parce que c’est là qu’on la sort : un parking souterrain, un ascenseur, une réserve, un train, un quartier mal couvert.
L’observatoire du marché de l’internet de l’ARPCE recense pour le deuxième trimestre 2025 quelque 59,10 millions d’abonnements internet en Algérie, dont 88,71 % de mobiles et 11,29 % de fixes.
Ce rapport dit que votre utilisateur est mobile presque tout le temps, et être mobile signifie traverser des zones où la connexion se dégrade sans disparaître — ce qui est le cas le plus difficile à gérer, bien plus que l’absence franche de réseau.
Les trois comportements à définir explicitement sont donc : que se passe-t-il quand la connexion est lente, quand elle tombe pendant une action, et quand elle revient. La troisième est celle qu’on oublie, et c’est celle qui produit les doublons.
Le minimum acceptable est que l’application affiche ce qu’elle sait déjà plutôt qu’un écran vide, qu’elle dise ce qui n’a pas pu être envoyé, et qu’elle réessaie sans que l’utilisateur ait à deviner. Cela s’écrit dans les règles, pas après les tests.
- Abonnements mobiles88.71%
- Abonnements fixes11.29%
ARPCE, observatoire du marché de l’internet, 2e trimestre 2025
Deux plateformes, deux coûts, et la question qu’on ne pose pas
Le débat habituel porte sur la technologie : une base de code commune ou deux applications distinctes. C’est une vraie question et ce n’est pas la première.
La première est de savoir s’il faut les deux. Beaucoup de projets lancent simultanément sur les deux plateformes par symétrie, alors que leur public est très majoritairement sur l’une — ce qui double le coût de construction, de test et surtout d’entretien pour une fraction des utilisateurs.
La réponse ne se devine pas, elle se lit : votre site vous dit déjà, depuis des mois, quelle plateforme utilisent les gens qui vous consultent. C’est une donnée que vous avez et que personne ne regarde avant de décider.
Sur la technologie elle-même, la règle de décision est l’usage du matériel. Une application qui affiche, saisit et envoie fonctionne très bien avec une base commune ; une application qui exploite intensivement l’appareil photo, les capteurs ou l’arrière-plan finit par payer cher son intermédiaire.
Et il y a un coût que les devis omettent presque toujours : chaque plateforme a son processus de publication, ses règles et ses délais de validation. Ce n’est pas du développement, c’est de l’administration récurrente, et elle doit apparaître dans le budget annuel. Elle se compte en jours par an et elle ne disparaît jamais.
Les mises à jour ne sont pas des livraisons
Un site laissé sans intervention pendant un an reste en ligne. Une application laissée sans intervention pendant un an cesse d’être installable, puis disparaît des résultats, puis cesse de fonctionner sur les appareils récents.
C’est la différence la plus mal comprise entre les deux, et elle a une conséquence budgétaire directe : une partie de l’entretien annuel n’apporte aucune nouveauté visible et n’est pas négociable.
Il faut donc distinguer trois natures de mise à jour au moment du contrat : celles qui corrigent, celles qui suivent les évolutions des systèmes, et celles qui ajoutent. Seule la troisième se discute ; les deux premières sont le prix de rester en ligne.
La deuxième nature a un calendrier que vous ne contrôlez pas. Les plateformes annoncent leurs exigences à l’avance, et un projet qui ne les suit pas se retrouve avec une échéance impérative découverte trois semaines avant.
Une conséquence pratique sur le choix du prestataire : demandez qui surveille ces annonces. Si la réponse est « nous verrons quand cela arrivera », vous découvrirez l’échéance en même temps que lui, ce qui est la pire des deux positions.
La notification : le seul avantage réel, et comment on le perd
Une application a exactement un avantage qu’un site ne peut pas égaler : elle peut vous parler quand vous ne la regardez pas. Tout le reste se fait aussi bien dans un navigateur.
C’est donc l’actif le plus précieux du projet, et c’est celui que l’on dépense le plus vite. Une notification qui n’apporte rien à celui qui la reçoit ne coûte pas seulement une ouverture manquée : elle coûte le droit d’en envoyer une autre.
La distinction utile est entre les notifications transactionnelles — votre commande est partie, votre rendez-vous est demain, votre code est arrivé — et les notifications commerciales. Les premières sont attendues, les secondes sont tolérées à faible dose et jamais réclamées.
La règle que nous appliquons est de ne jamais envoyer une notification commerciale à quelqu’un qui n’a pas encore reçu une notification utile. L’ordre compte : la première décide si les suivantes seront lues ou coupées.
Et il faut offrir le réglage. Une application qui laisse choisir ce qu’on reçoit garde des gens qui, sans ce réglage, auraient tout désactivé au niveau du système — ce qui est irréversible et invisible pour vous.
La fiche du magasin fait le travail que vous croyez faire ailleurs
Entre la décision de chercher votre application et son installation, il y a une page que vous n’écrivez pas vous-même, ou plutôt que vous écrivez sans y penser : la fiche du magasin.
Elle porte quatre choses qui décident : le nom, la première phrase, les premières images, et la taille. Le reste du texte est lu par une minorité et sert surtout à être trouvé.
Les images sont ce qui est réellement regardé, et l’erreur commune est d’y mettre des captures d’écran brutes. Ce qu’il faut montrer est ce que l’application permet de faire, dans l’ordre où quelqu’un s’en servira, avec un mot par image. Quatre images conçues ainsi valent mieux que huit captures fidèles.
Le nom compte plus qu’on ne croit parce qu’il est cherché. Un nom de marque seul suppose qu’on vous connaisse ; un nom de marque suivi de ce que fait l’application est trouvé par les deux publics.
Enfin, les avis du magasin obéissent aux mêmes règles que partout ailleurs dans cette série : ils sont écrits par ceux à qui il est arrivé quelque chose, la réponse utile est courte et factuelle, et le bon moment pour en demander un est juste après une action réussie — jamais au lancement.
Ce qui se mesure sur une application
Le chiffre que tout le monde regarde — les installations — mesure votre publicité et rien d’autre. Il monte quand vous dépensez et il ne dit rien de l’application.
La première mesure utile est la part des installations qui atteignent la première action utile. C’est elle qui juge la séquence décrite au début de cet article, et c’est presque toujours là que se trouve la perte.
La deuxième est la rétention au deuxième mois : combien des personnes installées ouvrent encore. Une application qui perd tout le monde au deuxième mois n’a pas un problème de fonctionnalités, elle a un problème de raison d’exister.
La troisième est la part des désinstallations qui suivent une notification, si vous en envoyez. C’est un chiffre douloureux et il est la seule mesure honnête de votre discipline sur ce point.
Ce que nous ne citerons pas : les taux de rétention « moyens » publiés par les plateformes et les cabinets. Ils agrègent tous les usages de tous les marchés — un jeu et un outil de suivi de commande n’ont rien à voir — et une moyenne construite sur des populations sans rapport ne dit rien de la vôtre, même quand elle est datée.
Ce qu’il faut vérifier avant de signer
La première question porte sur le premier écran : que verra quelqu’un juste après l’installation ? Si la réponse est un formulaire, le projet a déjà son principal défaut et il sera coûteux à corriger plus tard.
La deuxième porte sur le poids : quel plafond, décidé quand ? Un prestataire qui répond « on optimisera à la fin » décrit une intention, pas une contrainte de conception.
La troisième porte sur les comptes de publication. Ils doivent être créés au nom de votre entreprise, avec votre adresse électronique et votre moyen de paiement, et vous devez y avoir accès. Une application publiée sur le compte d’un prestataire est une application que vous ne possédez pas.
La quatrième porte sur l’entretien obligatoire : combien par an, qui surveille les annonces des plateformes, et que se passe-t-il si vous arrêtez. Cette dernière réponse doit être « elle disparaîtra », et un prestataire qui ne la donne pas ne vous a pas expliqué le métier.
La cinquième est un test : demandez-lui comment l’application se comporte quand la connexion tombe au milieu d’une action. La réponse distingue immédiatement ceux qui ont livré des applications de ceux qui en ont dessiné.
Ce que nous faisons, et ce que nous refuserons de faire
Ce que nous refuserons : mettre une création de compte sur le premier écran. Nous savons que cela simplifie l’architecture et que cela remplit une base d’utilisateurs plus vite ; c’est aussi la décision qui perd le plus de gens, et nous préférons construire l’ouverture en deux temps.
Nous refuserons aussi de demander une permission au démarrage. Chacune sera demandée au moment de l’usage, avec sa raison affichée, et le refus sera traité comme un chemin normal plutôt que comme une panne.
Nous refuserons enfin de livrer une application sans budget d’entretien annuel écrit. Une application sans entretien ne se dégrade pas lentement : elle cesse d’être installable, et vous l’apprendrez par un client.
Ce que nous faisons : un plafond de poids fixé avant la première ligne, une première ouverture qui montre quelque chose d’utile avant de demander quoi que ce soit, un comportement défini pour la connexion lente, perdue et revenue, les comptes de publication à votre nom, et une distinction écrite entre les mises à jour qui ajoutent et celles qui sont le prix de rester en ligne.
Et ce que vous devriez faire sans nous cette semaine : regardez dans les statistiques de votre site la répartition de vos visiteurs entre les deux plateformes mobiles. C’est gratuit, la donnée existe déjà depuis des mois, et elle vous dira peut-être que vous n’avez besoin que d’une des deux applications que vous alliez faire chiffrer.
Questions fréquentes
Faut-il obliger à créer un compte ?
Non au premier écran. Tout ce qui se consulte — catalogue, horaires, disponibilité — reste ouvert, et le compte est demandé au moment exact où il devient nécessaire, avec la raison affichée à côté de la demande.
La taille de l’application compte-t-elle vraiment ?
Dans un marché où la connexion est majoritairement mobile et les données payées au volume, oui : c’est un prix que l’utilisateur calcule, au téléchargement puis à chaque mise à jour. Fixez un plafond avant la première ligne, pas à la fin.
Quand demander les permissions ?
Au moment de l’usage, jamais au démarrage, et toujours avec la raison visible. Prévoyez aussi le refus comme un chemin normal : une application qui cesse de fonctionner parce qu’une permission a été refusée sera désinstallée.
Faut-il publier sur les deux plateformes ?
Regardez d’abord les statistiques de votre site : elles vous disent depuis des mois où sont vos visiteurs. Lancer sur les deux par symétrie double la construction, les tests et surtout l’entretien pour une fraction des utilisateurs.
Que se passe-t-il si nous arrêtons l’entretien ?
L’application cesse d’être installable, disparaît des résultats, puis cesse de fonctionner sur les appareils récents. C’est la différence la plus mal comprise avec un site, et une partie de ce budget n’apporte aucune nouveauté visible.
Quel taux de rétention devons-nous viser ?
Nous ne citons pas les moyennes publiées : elles agrègent tous les usages de tous les marchés, et un jeu n’a rien à voir avec un outil de suivi. Mesurez votre part d’installations qui atteignent la première action utile — c’est là qu’est la perte.
Où nous intervenons
La part de vos visiteurs qui revient, et depuis quel type d’appareil, décide s’il existe un usage. Une application sans usage quotidien est désinstallée avant la fin du mois.
- Nous fixons un plafond de poids avant la première ligne, et nous nous y tenons.
- Nous demandons chaque permission au moment où elle sert, jamais au démarrage.
- Nous mettons l’entretien annuel dans le même devis que la construction.
Le premier écran ne portera pas d’inscription obligatoire : cela nous simplifierait tout, et cela coûte la moitié des installations.
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